lundi 4 mars 2019

Voyage au pays du dragon : Hanoï (1)

Samedi 2 mars / Dimanche 3 mars 2019

Il est désormais plus que temps de commencer ce nouveau journal de bord. Je suis actuellement en vol quelque part au-dessus de la Chine, en direction de Hong Kong, où je ferai une courte escale avant d’atteindre ma destination finale : Hanoï. 

Je rêvais de partir en Asie du sud-ouest depuis plusieurs années mais j’attendais de pouvoir prendre des vacances à cette période de l’année, ce qui n’était pas le cas lorsque j’étais étudiante. Il était grand temps de réaliser ce projet. 

Pour ce premier voyage, j’ai donc choisi le Vietnam, un peu par hasard, un peu en souvenir de ce roman et de ce film que tant aimés, « L’Amant » de Marguerite Duras, où les deux protagonistes se rencontrent alors qu’ils se trouvent « sur un bac sur le Mékong ». De fil en aiguille, j’ai donc acheté un billet d’avion et posé deux semaines pour découvrir ce pays. 

Je suis à bord de ce zinc depuis presque 9 heures, j’en suis à mon cinquième film et je n’ai pas réussi à fermer l’œil une seule seconde. J’ai fait une razzia dans les mini-paquets de pop-corn, je me suis tortillée dans tous les sens sans jamais trouver la bonne position pour m’assoupir et j’ai finalement déclaré forfait. 

La large sélection de films offerte par Cathay Pacific m’a permis de rattraper tous les films que j’avais ratés au cinéma ces derniers mois (Colette, Green Book, Papillon et La Favourite). J’en suis désormais à mater un film chinois qui a l’air archi glauque et je devrais arriver à Hong Kong sur les coups de 14h (heure locale). 

Lundi 4 mars 2019

Ça y est, je suis déjà méga à la bourre dans le récit de ce voyage. Je suis arrivée hier à Hanoï sur les coups de 19h après une courte escale à Hong Kong et un vol d’environ deux heures et demi pendant lesquels j’ai eu un écran (mais j’avais fait le plein de films...) et un repas (merci Cathay Dragon). J’arrive donc, la chaleur moite me saisit dès la sortie de l’avion, cette sensation de rentrer dans une salle de bains dans laquelle quelqu’un vient de prendre une bonne douche. Je passe l’immigration, un tampon sur mon passeport, récupère rapidement mon sac, retire de l’argent, casse un gros billet pour des plus petits et cours pour choper le bus direction le centre-ville. Tout ceci s’est fait avec une étonnante facilité. 

A bord du bus, je m’assois à côté d’un jeune homme qui s’est rapidement retrouvé sur Google Maps en train de chercher où se trouvait mon auberge pour me dire à quel arrêt descendre. C’était un Coréen qui vivait à Hanoï depuis deux ans. On papote un peu, il parle un excellent anglais, mais pas un mot de vietnamien d’après lui. Finalement il m’indique mon arrêt et comment rejoindre mon auberge. Je saute du bus et commence à remonter la rue. 

Je me prends alors le bourdonnement de Hanoï en pleine face. Un tourbillon de bruits, d’odeurs qui me saisissent et me ravissent tout à la fois. L’odeur du feu de bois des barbecues de rue, l’odeur du riz en train de cuire qui me met déjà en appétit, l’odeur des pots d’échappement et des ordures aussi parfois, il faut bien l’avouer. Le bruit des klaxons qui ici aussi semblent être un sport national et signifier tout à la fois « attention j’arrive », « salut mec » et « bouge de là crétin », le bruit de la musique à plein volume qui s’échappe de tel et telle échoppe, le bruit des conversations car quand les Vietnamiens conversent, c’est souvent avec entrain et pas forcément discrètement. 

Là encore je trouve mon auberge avec une facilité déconcertante et je suis accueillie par le sympathique sourire de la réceptionniste. L’auberge est tout à fait quelconque, le dortoir est exigu et sombre, mais il y a des rideaux autour de chaque lit, une petite lampe et un coffre qui ferme à clef. A deux euros la nuit, peut-on réellement se plaindre de quoi que ce soit ? Je largue mon sac à dos et je contacte Duong, que je dois rencontrer dès ce soir. Elle m’a contactée via Couchsurfing et nous échangeons déjà par messages depuis quelques semaines. Elle me rejoint en moto taxi et nous partons à pied à la découverte des ruelles de Hanoï. Là encore l’activité me surprend. Dans un dédale de ruelles et dans une forêt de lumières, déambulent badauds et touristes, dans un joyeux tintamarre. Cafés, bars, restaurants en tous genres, boutiques, c’est ultra vivant, surtout pour un dimanche soir. Énormément d’Occidentaux, dont les typiques « backpackers anglophones » dont je reparlerai peut-être à l’occasion. 

Duong et moi nous faufilons dans la foule jusqu’à un petit boui-boui qui vend les fameux « banh my », ces désormais célébrissimes sandwichs nés de l’union des gastronomies vietnamienne et française. Un morceau de baguette dans lequel est glissé un mélange de lamelles de viande, légumes et sauce aux saveurs vietnamiennes. Dé-li-cieux. Un au bœuf et poivre et un au canard, les deux sont exquis. Les banh my rapidement engloutis nous poursuivons notre chemin en quête d’un dessert. Duong me propose de goûter le « chè ». Rien à voir avec les révolutionnaires sud-américains, même si le mélange est lui aussi... détonnant. Dans une échoppe qui ne passerait pas la première étape d’un contrôle sanitaire, et entourée par une horde de jeunes gens empressés, une dame réalise un mélange des plus improbables dans de petits bols. Elle y verse une sorte de yaourt décongelé, y ajoute toutes sortes de fruits (fraises, ananas, ...) et de machins en gelée improbables (toujours pas identifié l’ingrédient de base du truc). Elle verse là-dessus une sorte de crème anglaise et de lait concentré sucré, une grosse poignée de glace pilée et roulez jeunesse. On s’assoit à une des tables riquiqui en devanture et je me risque. Contre toute attente, c’est pas si degueu et même tout à fait mangeable. Je finis donc mon bol. Curieusement mes intestins auront très bien supporté tout ça, même la glace pilée sur laquelle je n’aurais pas parié bien cher. 

Après une dernière balade le long du lac en admirant les jolies lumières et le petit temple, Duong me dit au revoir et on prévoit de se revoir le lendemain. Je regarde le chemin sur mon GPS, il y en a officiellement pour 7 minutes. Après 20 bonnes minutes de marche, avoir demandé à cinq personnes et fait demi tour trois fois, je commence à perdre patience. Je me dis que je vais finir par arrêter un taxi moto, lui montrer l’adresse de l’auberge, me faire entuber et arriver à mon auberge. En désespoir de cause, je finis par demander à un jeune garçon installé sur un trottoir. Il appelle son copain qui parle anglais, lequel m’explique le chemin. Peu convaincue car je me suis déjà perdue en prenant le chemin qu’il m’indique, je me mets en route. Vingt mètres plus loin, il me rattrape en scooter et me demande si je veux qu’il me dépose. Une âme charitable ! J’arrive donc en quelques minutes à mon auberge. Passage impératif par la salle de bains car je n’ai pas vu une douche depuis 48 heures. Rafraîchie et épuisée, je me glisse dans les draps et m’endors en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. 

Réveillée ce matin relativement tôt, je me mets en route d’une petite gargote où déguster un bon pho. Cette soupe traditionnelle vietnamienne connue dans le monde entier peut être dégustée à toute heure du jour ou de la nuit, mais c’est un plat que les Vietnamiens apprécient tout particulièrement au petit déjeuner. Je pars à pied, l’adresse recommandée par le Routard n’étant pas bien loin. J’arrive, comme le guide le précisait, il y a la queue. C’est bon signe ! Le couple derrière moi (qui se révélera être un couple de Coréens en vacances) m’invitent à me joindre à eux à leur table et c’est donc tous les trois que nous dégustons notre soupe (bouillon de bœuf avec des vermicelles de riz, des végétaux, je sais pas trop lesquels et des lamelles de bœuf bien cuites). La dame a veillé à passer une lingette sur la table, probablement un chouïa poisseuse à son goût. Le pho est excellent, il ne coûte qu’une poignée de dongs et ça vous cale l’estomac pour quelques heures (même le mien). Le couple partage avec moi leurs beignets que l’on trempe dans le bouillon en prenant exemple sur les Vietnamiens. 

Au moment de partir, je me lève sans réfléchir et mon portable, qui était posé sur mes genoux tombe par terre. Il est déjà tombé environ 8 593 fois mais là, c’est la fois de trop. Écran tout brouillé, à moitié blanc, système tactile qui ne répond plus. Problème avec un P majuscule. En dehors du fait que personne n’a envie de bousiller l’écran de son iPhone parce que ça coûte cher et que c’est relou, je ne peux raisonnablement pas envisager de poursuivre ce voyage avec un téléphone inutilisable. Premièrement parce que je n’ai pas mon ordinateur, deuxièmement parce que je fais tout avec mon téléphone (GPS, réservations, applications en tous genres), troisièmement parce que je ne pourrai même pas rassurer ma mère que je sais capable de contacter l’ambassade de France si je ne réponds pas dans les 24 heures. Il n’y a donc qu’une solution : faire réparer au plus vite ledit téléphone. 

Dans ma malchance, j’ai eu le bon goût de bousiller mon téléphone dans le quartier des 36 corporations, aka le quartier de Hanoï où tu peux trouver à peu près tout et n’importe quoi, avec une densité de 4 567 boutiques au mètre carré. Croisant un Occidental qui selon toute vraisemblance parle anglais, je lui demande s’il connaît un endroit où je pourrai faire réparer mon téléphone. Sa réponse restera dans les annales « Je ne sais pas exactement où mais vous trouverez, on est au Vietnam, tout est possible ». Amen. Je demande à un premier café, puis à une dame qui ne parle pas anglais mais percute assez rapidement quand je lui montre mon écran. Elle m’indique une boutique. J’attends l’ouverture mais ça ne vient pas. Sans doute prise de pitié de me voir faire le pied de grue de l’autre côté de la rue, elle revient m’amener un papier sur lequel elle a écrit le nom et l’adresse d’une autre boutique. Je n’ai plus qu’à montrer le papier et à suivre les gestes ou indications des passants. Un grand merci à cette petite dame. J’arrive à la boutique indiquée, qui m’oriente vers une autre boutique et finalement, j’arrive au bon endroit. Ça ne ressemble pour ainsi dire à rien, quatre mecs dévissent des téléphones avec toutes sortes d’outils, deux jeunes femmes pianotent sur leurs ordinateurs. L’une d’elle parle anglais. « Il faut changer votre écran, ça vous coûtera « prix tout à fait acceptable au vu de la valeur du téléphone et de l’urgence de la situation ». « Ça va prendre combien de temps ? », « Environ 10 minutes ». Devant mon air ahuri, elle sourit et donne le téléphone à son collègue. Il entreprend de décoller la chose, de la dévisser, de faire je-sais-pas-quoi, toujours est-il que dix minutes plus tard, mon téléphone est comme neuf, et il m’a même ajouté une protection en verre toute neuve dont l’achat à Paris m’avait coûté la moitié de l’opération totale ici. Un magicien. Je paie et ressors de la boutique avec un quasi fou rire. 

Le problème du téléphone étant résolu, je commence à me balader dans les ruelles, chacune d’entre elle étant spécialisée dans le commerce d’un truc particulier. Les noms sont les noms d’origine mais la chose vendue a parfois changé au fil du temps. Règne dans ce quartier du vieux Hanoï une ambiance inimitable, un vacarme incessant, un trafic délirant. Scooters, mobylettes, voitures et cyclo-pousses se croisent sans cesse dans un concert de klaxons. Des femmes coiffées d’un nón lá (chapeau conique traditionnel) portent des fruits ou d’autres marchandises dans des palanches en bambou (vous avez déjà vu, vous ne connaissez juste pas le nom, c’est đòn gánh en vietnamien). Certaines préfèrent pousser des bicyclettes croulantes de panier chargés d’herbes aromatiques ou même de poissons. A l’entrée de nombreuses échoppes ou boutiques, un petit autel avec des offrandes assure au propriétaire un commerce florissant et de bonnes affaires. Ce qui vous sautera probablement aux yeux, c’est que tout ou presque se passe dehors, sur le trottoir, devant la boutique bien plus qu’à l’intérieur de la boutique. On cuisine dehors sur une sorte de brasero ou de réchaud. On discute dehors sur de petites chaises de la taille des chaises pour enfants. On stocke ses marchandises dehors pour les montrer et attirer le chaland. 

Des hommes et des femmes de tous âges travaillent ainsi, sur le trottoir, assis à ras du sol. Avec mon mètre 72, je suis ici clairement plus grande que la moyenne et globalement j’ai l’air d’un crapaud sur une pomme assise sur ces fameuses chaises. Je ne comprends pas très bien à quel moment on préfère déguster sa soupe la tête entre les genoux et à moitié plié en deux, mais si quelqu’un a une explication à ce phénomène, je serais ravie de la connaître ! Comme d’autres peuples d’Asie, les Vietnamiens patientent souvent accroupis mais d’une manière un peu différente de la nôtre. J’ai vu un groupe de personnes jouer aux cartes accroupis ainsi sur le trottoir. 

La notion de trottoir n’est clairement pas ici la même qu’en France. Le trottoir est avant tout une prolongation du magasin, une cuisine, une arrière-boutique (on pourrait parler d’avant-boutique), une vitrine à l’air libre, une terrasse, un parking à deux-roues, et après seulement un endroit destiné à la circulation des piétons. Résultat, après avoir tenté le slalom sur 3 kilomètres, vous abandonnez rapidement le combat et vous vous retrouvez à marcher le long de la route comme il se doit. Là vous devez encore éviter les scooters et mille autres moyens de transport et tenter de ne pas vous faire tailler un short. Traverser la rue est ici une discipline à part entière. Mon conseil : allez-y franchement mais pas trop, rapidement mais pas trop, prudemment mais pas trop. Tout est question de dosage, à peu près comme le nuoc mâm dans la cuisine locale. 

Mais reprenons donc le cours de cette journée. Après avoir bien arpenté le quartier, dégusté un jus d’orange pressé dans un petit café dont le niveau sonore atteignait probablement celui d’une piste d’atterrissage, je me suis décidée à rentrer me reposer un peu à l’auberge, souffrant d’un léger mal de tête. Je conviens avec Duong de la retrouver dans un petit restaurant près de chez elle. C’est à l’autre bout de la ville, je décide donc sur ses conseils de télécharger une appli qui est en quelque sorte le Uber local et qui permet d’appeler un taxi moto pour aller d’un point À à un point B. C’est la vie ce truc. Pas besoin de marchander en n’ayant aucune idée du prix réel de la course, pas besoin de galérer à faire comprendre ta destination, bref, la simplicité et l’efficacité incarnées. 

Aussitôt dit aussitôt fait. Mon chauffeur Grab m’attend, vêtu d’une veste et coiffé d’un casque vert. C’est parti pour une grosse vingtaine de minutes de taxi moto. Je n’en avais pas repris depuis le Togo mais j’ai gardé l’habitude. Et que je te grille le feu rouge, et que je te klaxonne à tout bout de champ, et que j’essaie de me faufiler dans un trou de souris. Bref, le chauffeur me dépose finalement entière devant le restaurant indiqué par Duong. On déguste un bún chả excellent. Une sauce pour faire trempette avec la viande grillée, les nouilles et les herbes en tout genre. Un peu de jus de kumquat et c’est parti. Excellent.

Après ça on part en taxi direction le quartier de l’église catholique (construite pendant la période coloniale, vous serez pas trop étonnés). La cathédrale dénote un chouïa dans le paysage mais pas tant que ça non plus. Hanoï regorge de très belles maisons et beaux bâtiments à l’architecture clairement française, entrelacés par des arbres un peu partout ce qui donne à la capitale une atmosphère très verte que je n’aurais pas soupçonnée. Et on adore ! Duong m’emmène ensuite dans un de ses cafés favoris, installé à l’étage d’une belle maison ancienne. Le café est moderne et clairement « tendance ». On y trouve entre autres du matcha latte et des smoothies. Néanmoins et bien qu’il ne fasse pas froid en dépit d’une légère bruine qui est tombée dans la matinée, je me laisse tenter par un chocolat chaud qui figurera sur le podium des meilleurs de ma vie. Le moment est ensuite venu de prendre mon premier cours de vietnamien. Inutile de vous dire qu’en dépit de l’alphabet latin qui donne à la langue un aspect moins « exotique » et inaccessible que le chinois ou d’autres langues asiatiques, l’apprentissage du vietnamien n’est pas un long fleuve tranquille. Cependant, et d’après Duong, j’ai une prononciation plutôt bonne et un talent certain pour identifier les tons (qui sont l’une des difficultés majeures de la langue). On est reparlera quand je me souviendrai comment on dit « au revoir ». 

Attablées dans le café, et pendant que je pars en expédition aux toilettes, Duong en profite pour faire connaissance avec nos voisins de table, une famille de Coréens (décidément, c’est une invasion). Les toilettes disais-je, parlons-en. Alors concrètement il n’y a pas de toilette, pas de cuvette de toilette, même pas non plus de toilettes à la turque mais un simple lavabo et par terre une évacuation type douche à l’italienne. Un concept qu’on n’explorera peut-être pas davantage. Un petit panneau nous rappelle aimablement de nous en tenir à l’urine et de ne pas passer à la vitesse supérieure si je puis dire. On n’y aurait pas pensé dites donc... 

Sur les coups de 17h, Duong qui a un cours de vietnamien à donner me laisse dans le café attendre l’autre jeune femme qui m’a écrit sur Couchsurfing et avec qui j’ai rendez-vous ce soir. En attendant, je discute avec Grace, une jeune Américaine en voyage en Asie du Sud-Est. Interessante et sympa, je passe un très bon moment avec elle. Finalement Siu m’appelle pour me dire qu’elle m’attend en bas du café. Elle est venue avec son scooter et un casque supplémentaire pour moi. Je fais donc la connaissance de la jolie et élégante Siu, de son doux sourire et de l’agréable parfum de shampooing qui se dégage de ses cheveux. Elle sort du coffre de son scooter un genre d’imperméable pour moi (il pleut trois gouttes mais c’est toujours mieux) et en voiture Simone. Elle m’embarque direction un petit restaurant pour déguster un Banh cuon. Oh peuchère que c’est bon ! Dans un bouillon (beaucoup de bouillons dans la cuisine vietnamienne, je pense que vous aurez compris) se baladent des morceaux de tofu, on y trempe un « gâteau de riz » (sortes de grosses lasagnes de riz très cuites blanches et moelleuses) et les habituelles herbes aromatiques. De la bombe ce truc ! Je note qu’au Vietnam (et ce comme en Chine) on ne traîne pas à table après avoir fini de manger. 

On reprend donc le scooter direction la « rue du train », une petite rue étroite dans laquelle passe un train plusieurs fois pas jour. C’est hautement dangereux mais c’est une vraie attraction touristique. Assises sur le rebord du trottoir on déguste un thé au gingembre en discutant avec la serveuse du café, une jeune femme délurée à l’allure d’adolescente. Siu me fait ensuite faire le tour de la ville ou presque à bord de son scooter, on passe devant le mausolée de Ho Chi Minh (une sorte de mini-Parthénon en face d’un terrain de foot, conceptuel), dans le quartier des ambassades (les maisons sont toutes plus belles les unes que les autres), on atterrit finalement dans un petit café qui existe depuis une éternité selon Siu car elle veut me faire goûter une spécialité vietnamienne : le café à l’œuf. Oui vous avez bien lu et moi aussi sur le coup j’ai espéré que ce ne soit qu’une expression. Mais non. Café à l’œuf, ça veut dire café à l’œuf, du café et de l’œuf. N’aimant déjà pas le café, j’en avais d’avance des sueurs froides et à ma plus grande surprise, c’est purement et simplement SUCCULENT. La mousse formée par l’œuf est épaisse et onctueuse, sucrée, ça se mélange au café bien chaud pour une boisson onctueuse au goût de tiramisu. Si cette boisson n’est toujours pas disponible à Paris, je monte un business. Mes amis italiens pourront émettre toutes les réserves qu’ils voudront, ce truc gagne à être connu. En ce qui me concerne, je préfère mille fois ça qu’un café noir ou un cappuccino. Et je n’ai eu aucun mal à le digérer. Après cette merveilleuse découverte et une super conversation avec Siu, elle me ramène à mon auberge. Ça a été clairement une vraie joie de la connaître, et j’espère la revoir un jour, en Europe ou ici. 

A l’heure qu’il est, il est 3h40 du matin, même pas l’ombre d’un bâillement à l’horizon et au rythme où vont les choses, je vais être la première cliente du vendeur de pho du coin. 

jeudi 16 août 2018

Back in the Balkans : Les derniers jours (Albanie, Monténégro, Croatie)

Dimanche 12 août 2018

Hier soir, Arjon m’a finalement déposée à mon auberge à presque minuit. L’auberge est la plus spartiate que j’ai vue de toute ma vie (et j’en ai quand même fait un paquet) mais à 6 euros la nuit petit déjeuner inclus, on ne peut pas faire la fine bouche. Je débarque dans le dortoir à minuit et demi, la nana de l’auberge discute avec un mec qui n’a pas dit deux mots en anglais que je sais déjà qu’il est francophone. Du coup « Tu viens d’où ? _ De Belgique, Bruxelles ». Sébastien et Sandrine sont un couple parti pour une grosse semaine en Albanie. Super sympas, du coup on discute et je leur donne quelques maigres conseils pour leur séjour (les malheureux ont loué une voiture, ils vont pas être déçus du voyage hahaha). Un mec de la chambre veut absolument dormir avec la clim, du coup je me blottis sous la grosse couverture en espérant ne pas tomber plus malade que je ne suis déjà (depuis le bus archi climatisé j’ai le nez pris et je toussote de temps à autre). Je me réveille dans la glacière qui sert de dortoir, plie bagage, me retrouve dans la cour avec quatre Italiens (Giulio, Francesco, Lorenzo et Bernardo, bonjour les clichés) en vacances en Albanie (énormément de touristes italiens ici et beaucoup d’Albanais parlent italien). Finalement Arjon vient me chercher pour me conduire jusqu’à la frontière où il doit récupérer des touristes finlandais. C’est parti pour trois heures et demi de route dont pas mal d’embouteillages. Les chauffeurs albanais (chauffards albanais, ici les deux termes sont synonymes) sont décidément des dangers publics et Arjon ne fait pas exception à la règle. En revanche, et fort heureusement, il ne boit pas d’alcool (un mélange du fait qu’il soit musulman et qu’il n’aime pas ça). Mais j’ai désormais une bonne connaissance d’un chapelet d’insultes en albanais. Arjon n’a rien trouvé de mieux que de doubler sur une ligne blanche en plein devant une voiture de police. Mais apparemment même les flics s’en tamponnent ici. On s’arrête dans une épicerie acheter un café glacé en canette et un genre de croissant fourré au chocolat. Finalement on arrive en vue de la frontière. Arjon arrête un bus et leur demande s’ils peuvent me déposer à Kotor (ils vont en Croatie). Ils lui disent oui, et me disent de passer la frontière à pied et de les attendre de l’autre côté, qu’il y en a pour cinq minutes. Je fais mes adieux à Arjon qui une fois de plus a été une magnifique rencontre et qu’une fois de plus, je ne sais pas comment remercier sinon en lui disant qu’il sera toujours le bienvenu à Paris. Une demi-heure plus tard, et alors que je m’approche du bus en espérant monter à bord, ils me disent qu’en fait ils ne peuvent pas prendre de passager supplémentaire car ils risquent d’avoir des problèmes avec la police. Merci de vous en rendre compte maintenant les cocos. Je me retrouve donc sur le bord de la route, sans aucun bus à l’horizon et sans aucune idée de comment je vais réussir à bouger de là. Et évidemment en plein cagnard. Le moment est donc venu d’essayer le stop, c’était bien la peine de décliner l’offre d’Aga haha. Heureusement, comme c’est la frontière, beaucoup de gens s’arrêtent pour se dégourdir les jambes et notamment pas mal de touristes. Je repère un jeune couple dans une voiture immatriculée aux Pays-Bas. Ça parle bien anglais les Néerlandais. J’ai à peine levé la main qu’ils s’arrêtent aussitôt et acceptent de me déposer à Ulcinj, à la gare routière. Ils sont super gentils, parlent effectivement très bien anglais et c’est donc une grosse demi-heure de route très agréable en leur compagnie. A l’heure actuelle, je suis donc à la gare d’Ulcinj, où j’attends mon bus pour Budva vu qu’il n’y en avait plus pour Kotor. On avisera selon l’heure à laquelle on arrivera.

Je suis donc actuellement accoudée au zinc du café de la gare en train de siroter mon jus de pomme et de tuer le temps en attendant mon bus. Je suis dégueulasse, ma jupe est pleine de taches, il me reste quelque chose comme 15 euros en liquide (le Monténégro utilise l’euro même s’il ne fait pas partie de l’UE, comme le Kosovo). En arrivant à Budva, j’essaierai de choper un wifi et peut-être de réserver un lit quelque part selon l’heure. Bonjour la romano. 

Je suis finalement arrivée à Budva après un voyage de deux heures dans le bus le plus pourave de l’histoire du transport routier. J’y ai fait la connaissance d’un Russe qui avait grandi en Allemagne, du coup on a pas mal discuté et le voyage a semblé moins chiant. Une fois de plus, pas de clim donc je suis arrivée en état de fonte avancée. Je l’ai accompagné à son hôtel histoire de choper un wifi et de pouvoir réserver un endroit où dormir. Je me tape ensuite la demi-heure de marche jusqu’à l’auberge que je viens juste de réserver. J’arrive, c’est une seule grande pièce, réception et dortoir dans une seule et même pièce, j’avais encore jamais vu un truc pareil. Enfin peu importe. Je croise une Russe qui voyage aussi toute seule. Je suis au bout de ma vie et je m’affale comme un vieux sac sur mon lit. J’aurais pu m’endormir direct mais quand Sacha m’a gentiment proposé de l’accompagner pour une promenade, je n’ai pas eu le cœur de refuser. Du coup on repart à pied visiter la vieille ville (magnifique, toute en pierre, dédale de petites ruelles adorables). Sacha, en bonne Russe qui se respecte, a eu la brillante idée de mettre une paire de talons aiguilles pour se promener dans un centre-ville ancien. Du coup je m’assure qu’elle ne se casse pas la figure, parce que pas trop envie de visiter les urgences de Budva ce soir. Mais elle gère pas mal (je pense que c’est obligatoire pour être russe en fait, ils te filent pas la nationalité si tu sais pas marcher avec des talons aiguilles sur des pavés). On finit par se poser dans un resto, je n’ai quasiment rien mangé de la journée et je n’ai clairement pas assez bu compte tenu de la chaleur (du coup j’ai évidemment mal à la tête). 400 grammes de pâtes carbo et un litre et demi d’eau plus tard, je suis réconciliée avec l’humanité toute entière. Sacha tient à me montrer un restaurant d’où la vue sur la ville est magnifique. C’est effectivement très joli et on décide de prendre notre petit dej là demain. Il faut bien savoir que Sacha parle aussi bien anglais que je parle russe donc inutile de vous dire que la compréhension n’est pas des plus faciles. Mais on gère pas trop mal quand même. Là on est rentrées à l’auberge, et à 23h je suis déjà douchée, couchée et bientôt dans les bras de Morphée. 

Mardi 14 août 2018

J’étais beaucoup trop fatiguée hier soir pour vous narrer ma journée. Hier matin, j’ai donc suivi Sacha dans le restaurant qu’elle m’avait montré la veille. Petit déjeuner en terrasse face à ce qui est sans doute la plus belle vue de toute ma vie pour un petit dej. Après ça, on est descendues à la plage pour bronzer un peu et ensuite on a décidé de prendre le bateau pour aller à une autre plage, Ploče. Là on a pris un cocktail (virgin cocktail of course) dans un bar installé dans une piscine, avec de la musique à fond les ballons. Un Ibiza en plus cheap. Après avoir bien grillé deux heures supplémentaires, on est revenues à Budva et rentrées à l’auberge grignoter un morceau (Sacha a eu la gentillesse de partager sa bouffe avec moi). En fin d’aprem, elle m’a accompagnée pour mon baptême en parachute ascensionnel. C’est un truc qui figurait sur ma « bucket list » comme disent les Amerloques depuis au moins 10 ans. Sur le bateau, j’en profite pour discuter un peu avec un couple de Polonais super sympas, et la nana a l’air un peu angoissée et soulagée que je passe en premier haha. C’était initialement interdit de prendre des photos (c’est les mecs du bateau qui en prennent et ensuite ils te les vendent à prix d’or) mais j’avais mis Sacha sur le coup et le jour où l’on empêchera une Russe de prendre des photos n’est pas encore venu. 
Finalement on est rentrées prendre une douche à l’auberge, ressorties grignoter un morceau et j’étais tellement épuisée que je me suis endormie malgré les Allemandes qui braillaient dans tout l’appart. 

Ce matin, Sacha est partie en excursion pour la journée donc je lui ai dit au revoir. Ce séjour à Budva n’aurait pas été le même sans elle, sa bonne humeur et son sourire. Je suis retournée prendre mon petit dej au resto avec la super vue parce que c’est quand même autre chose que la vue de mon quartier à Paname... J’ai plié bagage, dit au revoir au responsable de l’auberge (qui parle très bien russe mais très mal anglais), ce qui m’a valu une chaleureuse accolade et je me suis dirigée vers la gare routière. Là je viens d’engloutir un burek à la viande et un jogurt (trois jours sans et je me sentais dépérir) et je vais pas tarder à aller m’enquérir de quel « peron » part mon bus (ouais, ici peron ça veut dire « quai » comme dans quasi toutes les langues slaves sauf le tchèque). 

Après plus de quatre heures de route, un passage de frontière où tout le monde a dû descendre du bus pour aller montrer patte blanche au douanier, et une discussion sympa avec un couple d’Allemands, je suis arrivée en Croatie, à Dubrovnik, ma dernière étape dans les Balkans. J’ai traîné mon énorme sac à dos jusqu’à la vieille ville (je me souvenais que ce chemin avait été atroce il y a trois ans, et bien figurez-vous qu’il n’a pas changé) et j’arrive sur les rotules à mon auberge. J’ai payé cette nuit en auberge un prix proprement indécent, mais Dubrovnik est devenue excessivement chère en haute saison et les prix s’envolent littéralement. Cette auberge m’a été conseillée par mon amie Océane qui y a séjourné en mai et à l’heure qu’il est, je la remercie du conseil. Accueil très chaleureux par Maritza, une jolie Croate souriante et affublée de grosses lunettes qui lui donne une tête de libellule, elle m’installe dans un dortoir confortable avec une jolie salle de bains, le tout bien climatisé et avec un wifi qui marche du feu de Dieu. Que demande le peuple ? 

Pendant que j’y pense, je m’étais fait une réflexion en Serbie, au Kosovo et en Macédoine et je m’aperçois que j’ai oublié de vous la partager. Une chose m’a extrêmement surprise dans ces trois pays, c’est le très grand nombre de pistes cyclables. Plus ou moins larges et plus ou moins séparées de la chaussée mais tout de même extrêmement présentes, on sent un véritable effort sur ce point. Je ne m’y attendais pas et même si je ne peux qu’encourager l’initiative, dans le cas du Kosovo par exemple, je ne suis pas sûre que ce soit la première des priorités. Mais admettons. 

Une fois installée, je pars en balade dans la ville, c’est déjà le crépuscule et la nuit ne va pas tarder à tomber. J’adore cette ville, je l’ai adorée à la seconde où j’y ai mis les pieds la première fois (il y a trois ans) et je ne m’en lasse pas. Même bondée, même devenue archi touristique, même hors de prix, j’adore toujours autant cette ville. Dubrovnik c’est le genre de ville où chaque ruelle vous donnera envie de prendre une photo, où vous aurez envie de vous perdre dans ces mêmes ruelles. Il y a même un chat, une tortue, des poissons rouges. Il ne manque rien. On dirait le suuuuuuuuud ! (Nino sors de ce corps). Bref, j’adore cette ville, mais je le disais, les prix se sont clairement envolés en haute saison, sans doute une répercussion du succès Game of thrones. S’il y en a encore qui l’ignorent, Dubrovnik a servi de lieu de tournage pour la célèbrissime série, notamment pour la « capitale » King’s Landing. Du coup des hordes de touristes débarquent pour venir photographier la fontaine ou l’escalier dans lequel Cersei effectue sa descente « shame ». Après une petite pizza au resto contigu à l’auberge (j’ai une réduction, autant en profiter), je fais un dernier petit tour, mitraille cette ville toujours si photogénique et je rentre. Tout le monde tente plus ou moins de dormir dans le dortoir malgré la musique à fond du bar voisin. J’ai l’impression de dormir dans une boîte de nuit (ça me rappellera Munich...). Peu importe, je m’endors quand même.

Ce matin, alors que la musique à fond ne m’a pas dérangée, je suis réveillée par un bruit de poubelle que l’on traîne. Je sais, je sais, certains d’entre vous me diraient « boules Quies Laurianne, boules Quies » ;) et vous auriez raison. Quoi qu’il en soit, je profite d’être réveillée de bonne heure pour me prendre une bonne douche et aller explorer la ville avant la cohue. C’est l’heure où Dubrovnik appartient encore à ses habitants, où l’on entend encore parler croate dans la rue. A ce propos, je sais où se cachaient les Français cet été... On est venu narguer l’adversaire ou comment ça se passe ? Des photos de la ville sans personne dessus, c’est un vrai luxe haha. Je suis maintenant attablée en terrasse pour un bon petit déjeuner. Quand j’ai balbutié trois mots de croate, le serveur a eu le bon goût de sourire et de me répondre également en croate en articulant bien et en parlant lentement. Il aura un pourboire haha. 

Mercredi 16 août 2018

Hier, j’ai donc atterri à Varsovie pour une escale d’une demi-journée. L’occasion pour moi de revoir ma chère Aleks dont le bébé doit naître au mois d’octobre. L’occasion également de faire la connaissance du chien de sa sœur et de tester une fois de plus le Uber polonais. Neuf mois sans se voir, inutile de vous dire qu’on avait des choses à se raconter. 

Ce matin, réveil aux aurores pour choper un deuxième Uber et arriver à l’aéroport. Énormément de monde malgré l’heure très matinale (5h...). Je suis actuellement en train de faire la queue au McDo parce que je crève la dalle et si je compte sur LOT pour me nourrir, je risque la crise d’hypoglycémie. 

(...) Je suis finalement rentrée à Paris ce matin. Un avion à l’heure c’est comme une panthère des neiges : en voie de disparition. Je suis donc arrivée chez moi sur les coups de 13h. Émouvantes retrouvailles avec ma machine à laver. 

J’en profite aussi pour remercier toutes les formidables personnes que j’ai rencontrées pendant ce voyage (je l’ai dit, aucun ne parle français mais je sais que certains se font traduire mes articles ;) 
Merci du fond du cœur de m’avoir tant donné, d’avoir donné autant de temps, d’attention et de joie. Merci pour ces moments inoubliables qui restent gravés dans ma mémoire. Merci d’avoir été aussi généreux, aussi ouverts et aussi chaleureux. Ce voyage n’aurait jamais été le même sans vous et je vous attends à Paris !

Merci à vous aussi d’avoir suivi ce journal de bord, j’espère que vous avez pris plaisir à le lire. On se retrouve très bientôt pour une nouvelle destination ! 

Prenez soin de vous,

L. 

mardi 14 août 2018

Back in the Balkans : Les trésors de la riviera albanaise

Vendredi 10 août 2018

Vous dire à quel point je suis à la bourre dans ce journal serait proprement indécent. Je vous avais donc laissés à Struga, au moment où nous embarquions à bord du taxi pour Tirana. Le chauffeur continue à me parler en allemand et je fais la traduction à mes deux compères. On passe la frontière sans aucun problème (première fois de ma vie que je franchissais une frontière à bord d’un taxi). Les paysages albanais sont immédiatement somptueux, de la montagne à n’en plus finir, des routes en lacet et une chaleur étouffante. Une vraie fournaise, même le vent est chaud. On n’a évidemment pas la clim donc on roule fenêtres grandes ouvertes et comme j’ai le soleil sur moi, je suis en voie de liquéfaction avancée. On s’arrête finalement dans une petite station service, le temps pour le chauffeur de faire le plein et pour nous de nous rendre compte qu’on n’a pas le moindre lek (monnaie albanaise). Romeo fera finalement un peu de change avec le chauffeur pour acheter une bouteille d’eau (je me contente de remplir la mienne au robinet des toilettes en espérant que l’eau soit potable en Albanie). On repart dans la fournaise environnante. En arrivant à Tirana, on demande à notre chauffeur de nous déposer à la gare routière, puisqu’on compte bien choper un autre bus pour la côte avant la fin de l’après-midi. Problème, il y a trois gares routières à Tirana et notre chauffeur ne les connaît visiblement pas toutes. Après avoir demandé à une dizaine de personnes et être restés bloqués 45 bonnes minutes dans le trafic démentiel de la capitale albanaise, notre chauffeur nous dépose finalement à la gare routière où se trouvent les bus pour Sarandë. On se fait aussitôt harceler par les chauffeurs de taxi, les conducteurs de bus et de fourgon et plein d’autres gens dont on ne sait pas exactement qui ils sont. Fort heureusement, on a tous les trois l’habitude de voyager et on garde notre idée initiale : choper un bus ou un fourgon (minibus) pour Sarandë, en essayant de ne pas se faire arnaquer. On commence déjà par aller retirer de l’argent dans un distributeur sauf qu’à l’heure actuelle on n’a aucune idée du taux de change (on fera une estimation en voyant le prix des trucs et on se trompe pas de beaucoup, heureusement). On revient à la gare routière avec notre blé, le bus est parti mais il y a un fourgon. On monte à bord, pas de clim et fourgon blindé. On est déjà trempés de toutes façons. C’est parti sur les routes albanaises et je vous prie de me croire, c’était pas une partie de plaisir. Les routes sont étroites et sinueuses (à part une portion d’autoroute en très bon état), les chauffeurs albanais sont les grands champions du dépassement sans visibilité, et ça coupe les virages, et ça se fait des queues de poissons. Au bout de trois bonnes heures de route, on nous fait descendre du fourgon et monter dans le bus qu’on avait initialement raté (on n’a jamais su pourquoi mais c’est pas grave). Choc thermique avec la climatisation du bus (j’ai encore mal à la gorge trois jours après). Et ça continue... La nuit tombe, les routes sont de plus en plus sinueuses, mal éclairées. On est au bout de notre vie et on se demande si on va un jour finir par arriver à Sarandë. Finalement, à plus de 21h, on finira par être déposés au centre-ville. On était partis d’Ohrid à 10h... Si vous regardez Google Maps, ça fait 350 kilomètres... Conclusion : le mec qui crée une liaison Ohrid-Sarandë fait fortune. On atterrit dans un petit bouiboui pour manger un truc et choper un wifi histoire d’essayer de trouver une piaule pour ce soir. Finalement, le gérant du bouiboui appelle une dame, Romeo part en éclaireur voir l’appartement. C’est tout simple mais ça nous convient tout à fait. Mes deux Mexicains se jettent sur la clim comme la petite vérole sur le bas-clergé. On réserve deux nuits et on s’effondre dans nos lits (après un passage sous la douche qui fut sans aucun doute le meilleur moment de cette journée). L’Albanie ça se mérite ! 

Le lendemain, on était tous les trois encore un peu KO de notre voyage de 11 heures, du coup on y est allés mollo et on a passé la majeure partie de la journée à la plage de Sarandë. Elle n’a rien d’extraordinaire, c’est une plage de centre-ville assez quelconque, mais on était trop échaudés par les bus albanais pour retenter l’aventure tout de suite. On a grignoté un truc dans un petit resto le long de la promenade en bord de mer, et le soir on a dîné en terrasse dans un truc un peu plus chic. J’en ai profité pour expliquer le cauchemar du logement à Paris à mes Mexicains et quand Romeo a appris que j’avais vécu 2 ans et demi dans 9 mètres carrés, j’ai cru qu’il allait faire une syncope. Mes deux compères ont décidé de ne pas rester davantage en Albanie et de rejoindre le Monténégro demain. En ce qui me concerne, je vais rester un peu plus longtemps ici, histoire de voir si cette fameuse riviera albanaise vaut vraiment le coup. 

Pour être totalement honnête, je dois avouer que j’abordais l’Albanie avec une certaine appréhension. La faute probablement à la mauvaise image que l’on a généralement de ce pays en France, mélange de corruption, de mafia et autres réjouissances de cet ordre. Rajoutez à ça que certains de mes amis me l’avaient décrit comme l’antichambre de l’enfer et comme un « unnecessary country ». À côté de ça, on m’avait également vanté les mérites de la côte et la beauté des plages. Je décide donc de rester un petit peu plus. Je prolonge la location de l’appart auprès du propriétaire qui ne parle pas un mot d’anglais (il doit savoir compter jusqu’à dix, pas plus) et décide de me poser quelques jours, le temps de parfaire mon bronzage. Je fais mes adieux à mes deux acolytes, ça a été un vrai bonheur de les rencontrer et on a eu des grands moments de fou rire. J’ai contacté un garçon de Couchsurfing pour qu’il me montre peut-être des endroits sympas un peu moins connus. En attendant, je décide d’aller m’affaler sur la plage. J’étais à deux doigts de m’endormir en plein cagnard quand Arjon m’appelle pour savoir où je suis. « Euh... on the beach ». J’essaie de lui expliquer tant bien que mal, mais le pauvre garçon a quand même joué à « Où est Charlie ? » pendant 20 bonnes minutes. Finalement il arrive à me retrouver, me demande ce que j’ai vu et fait à Sarandë jusque là. Quand il a su que je n’avais été que sur la plage centrale, que je n’avais pas encore vu le « château » et que je n’avais pas trouvé le bus pour Ksamil, j’ai cru qu’il allait pleurer. Il me demande si je veux aller à une autre plage, « une plage où vont les locaux, celle-là c’est que pour les touristes ». Un peu mon neveu ! « And do you want something nice or do you want something amazing? ». Bah amazing tant qu’à faire. Allez hop, c’est parti, en voiture Simone, sur les routes albanaises (ô joie). Bon, Arjon conduit pas trop mal, pour un Albanais. Il a quand même une fâcheuse tendance à rouler sur la voie de gauche en plein virage, à envoyer des messages en même temps et à insulter quiconque ne va pas assez vite à son goût (en gros, les 3/4 des autres automobilistes). Après une grosse vingtaine de minutes de bagnole, on arrive à la plage de Lukovë. JÉSUS MARIE JOSEPH. Très probablement la plus belle plage que j’ai vue de toute ma vie. Pas trop de monde, des petits galets blancs bien polis par les vagues, une eau turquoise et tellement transparente qu’on a envie de la boire, un soleil radieux, un bon 36 degrés à l’ombre. Le paradis sur terre les amis. Et en plus la température de l’eau est parfaite, assez chaude pour qu’on y entre sans problème, assez fraîche pour pas avoir l’impression de cuire au court-bouillon. La perfection est donc de ce monde. Je précise pour ceux qui seraient un peu paumés en géographie qu’il s’agit de la mer Ionienne (Corfou est juste en face). Et la mer Ionienne les enfants, c’est un petit bijou. Par contre c’est un bijou extrêmement salé ! On fait donc trempette et on prend des photos pour immortaliser cet endroit magnifique. Puis Arjon me propose d’aller jouer les cabris sur les rochers pour rejoindre les petites criques contiguës à la plage. C’est parti, en maillot de bain et non sans s’être enduits d’une épaisse couche de crème solaire. Du moment où il m’a vue en train de griller sur la plage, Arjon a eu l’air extrêmement inquiet pour moi et a suggéré environ toutes les douze minutes que je mette de la crème solaire. Faut dire qu’il est plutôt blanc aussi, surtout pour un Albanais, et blond aux yeux bleus (la plupart des Albanais sont bruns aux yeux marron foncé et plutôt super mats). Nous voilà donc partis sur les rochers (on a gardé nos pompes quand même, elles craignent rien de toutes façons). On descend finalement sur un rocher en contrebas et on continue l’exploration à la nage. Alors aussi étrange que cela puisse paraître, Arjon a la trouille de la pleine mer et n’aime pas trop nager là où il n’a pas pied. Mais il voit rapidement que je suis parfaitement à l’aise et je crois que ça le détend un peu. Du coup on nage jusqu’à une mini crique, et on s’installe finalement sur un rocher pour se cramer la tronche en plein soleil. Les amis, si vous me cherchez au mois d’août l’année prochaine, sachez que je serai probablement quelque part entre Sarandë et Lukovë, dans une mini-tente, en bikini et en vivant de figues et de mûres sauvages. Sous le soleil exactement, pas à côté, pas n’importe où (vous connaissez la chanson). On revient finalement à la nage. J’en profite pour faire deux minutes de plogging sur la plage (ramasser les déchets qui traînent). Arjon, bien conscient du retard de l’Albanie sur la question de la gestion des déchets et des considérations écologiques, me semble partagé entre « si elle commence comme ça, elle a pas fini » et « ça me touche que tu prennes soin de mon pays ». Bref bien crevés, affamés (surtout moi qui n’ai avalé qu’une petite omelette depuis ce matin), pleins de flotte, de soleil et de sel (surtout de sel, la vache), on décide de grignoter un truc à un des petits restos de la plage. Arjon me trouve apparemment « even more beautiful than this morning ». Bah voyons. Une assiette de spaghetti sauce tomate plus tard, on décide de rentrer sur Sarandë (ça faisait deux semaines que je n’avais pas mangé de pâtes, un jour de plus et il fallait me rapatrier). 

On rentre à Sarandë, Arjon me dépose chez moi pour que je prenne une douche, lave la serpillière qui me sert de chevelure et change de fringues. On se retrouve ensuite pour partir au « château » sur les hauteurs de la ville. On a une vue sur Sarandë by night, toute illuminée. Partout ici on retrouve cette atmosphère méditerranéenne à laquelle je ne pensais pas être aussi attachée. Ça me rappelle immanquablement les vacances formidables quand j’étais gosse en Espagne avec mes parents et mon frère. La chaleur, le soleil, la végétation typique (oliviers, figuiers, etc.), la mer, l’odeur du port (mélange d’essence et d’iode haha) et cette douceur de vivre. A chaque fois que je retrouve cette atmosphère, je réalise à quel point je l’apprécie et à quel point elle me rappelle de merveilleux souvenirs. On déambule sur la promenade le long de la plage et là aussi ça me rappelle les soirées de vacances en famille. 

Après une nuit bien méritée, je suis allée prendre mon petit dej le long de la plage dans une petite gargote qui vendait des crêpes et j’ai testé le café frappé (café au lait avec des glaçons). On s’y fait même si j’ai mis cinq bonnes heures à le digérer. Je retrouve ensuite Arjon qui m’emmène boire un autre café dans un endroit magnifique avec une vue de folie sur la plage. On reste là à chiller, Arjon bosse un peu (il est guide touristique et avait des trucs à organiser) pendant que j’écoute de la musique. Finalement on prend la direction de Ksamil, une des plages réputées les plus belles. Au moment de récupérer sa voiture, on était bloqués par un gros 4x4 immatriculé en Serbie. Du coup on demande à la dame si elle peut déplacer la voiture mais elle nous dit que son mari a les clefs. Je discute un peu avec elle, je lui dis que je suis allée en Serbie, les villes où je suis allée, etc. Et là elle me donne un petit magnet de frigo qui est une carte de la Serbie, le genre de petites babioles que l’on trouve dans les magasins de souvenirs et que personnellement je n’achète jamais, mais quand c’est donné comme ça de bon cœur, un geste de gentillesse complètement random, de quelqu’un qui a juste voulu me faire plaisir, ça prend une valeur toute particulière. Finalement, quelqu’un d’autre déplacera sa voiture avant que son mari revienne et on pourra prendre la route. Mais décidément les Serbes ! Comment ça se passe ? On vous fait des piqûres de gentillesse et de générosité à la maternité ? On vous le met dans le biberon ? Bref, on prend la route pour Ksamil où on grignote un truc dans un resto. On laisse ensuite nos affaires à un couple d’amis d’Arjon car aujourd’hui l’activité du jour, c’est jet-ski. Arjon n’en a jamais fait, et comme c’est nettement plus drôle à deux que de le faire toute seule, je lui ai proposé de venir avec moi. Et là les enfants, ça a été complexe. Déjà il a fallu traverser toute la plage pour rejoindre le petit ponton d’où partent les jetskis (ils ont créé un truc spécial parce qu’il y a quelques années un touriste russe a été tué par un jet, et apparemment le Premier Ministre a pété un câble en mode ça fait désordre quand même...). Là Arjon a commencé à négocier le prix du truc, il a réussi à obtenir une réduction mais il fallait attendre une bonne vingtaine de minutes, ensuite ils ont ramené le jet mais il n’y avait plus d’essence donc on a attendu qu’ils ramènent ça. Finalement, et au moment où je me demandais si j’avais encore un soupçon de patience en réserve, on a pu monter sur le truc. Je prends les commandes, Arjon pense que j’ai méga l’habitude haha (je lui avouerai plus tard que c’était seulement la deuxième fois que je conduisais l’engin). Comme il a la trouille de s’éloigner du bord, j’ai jugé préférable d’attendre pour lui dire ça hahaha. Bref, c’est parti, comme c’est la fin d’après-midi, il y a pas mal de vagues et on se prend plein d’eau dans la figure mais c’est ça qui est marrant. Bref, j’adore ça, vous le savez déjà si vous aviez lu mon « Triptyque balkanique ». Arjon a l’air de kiffer aussi et d’oublier qu’il est loin du bord haha. Il me demande de tourner en rond pour faire un cercle car apparemment il a déjà vu des gens faire ça et voulait essayer. Finalement on ramène le truc et on rejoint ses amis qui nous filent du raisin. Le soir, on passe chercher deux de ses potes (qui parlent pas anglais mais bien italien) et on va jusqu’à la frontière grecque parce que les garçons veulent acheter du parfum au magasin duty free. Techniquement j’ai donc fait 150 mètres sur le territoire grec ahah. Passage de frontière à pied, encore une grande première. Puis Arjon me redépose chez moi pour une petite douche et un bon shampooing et on se rejoint ensuite pour aller en boîte (non sans avoir englouti un souvlaki et une glace). La boîte est pas mal mais personne danse, c’est un peu chelou. Finalement les garçons me raccompagnent chez moi vers 2h30. Tout ceci n’est plus de mon âge haha (même si ça fait trois fois qu’on me donne 22 ans depuis le début de ce voyage, les gens sont fous). Natën e mirë! 

Un petit mot à propos de l’albanais puisque vous savez que les langues c’est ma marotte. Alors autant le serbe c’était plutôt easy-peasy grâce au tchèque et au russe, le macédonien ça pouvait encore se gérer, autant l’albanais c’est une autre paire de manches. Voilà une langue qui appartient à l’immense famille des langues indo-européennes (donc qui dérive du sanskrit au même titre que le français, l’allemand, le russe ou le letton) mais qui constitue à elle seule une branche. En gros vous avez trois grandes branches de langues indo-européennes : latines, germaniques ou slaves, et quelques autres plus réduites (je simplifie sinon on en a pour deux heures). Et des sous-familles à chaque fois. Mais l’albanais c’est une famille à lui tout seul (le grec aussi). Et entre le nord et le sud du pays, ils ont deux dialectes assez différents : le guègue au nord et le tosque au sud. Et d’après Arjon, la compréhension peut être complexe entre deux personnes issues d’un milieu rural par exemple. En ce qui me concerne, l’albanais c’est le néant intersidéral. Pour l’instant je sais dire bonjour, merci (mais je crois qu’ils comprennent une fois sur deux), oui (po) et non (jo) et « eau » (il a fallu sinon je serais morte déshydratée). Rien à faire pour que je me souvienne de « au revoir ». Donc inutile de vous dire que faire une phrase, c’est pas pour demain. 

Une fois de plus la nuit a été courte puisque il n’y a rien à faire pour que je me réveille après 7h (mon organisme est encore bloqué sur mes horaires de boulot, c’est assez relou). Je mets le cap sur une petite crêperie adorable que Arjon m’a montrée il y a deux jours (et que je n’avais jamais réussi à retrouver la veille). Grosse crêpe « Lidia » (Nutella, banane, miettes de biscuit, je pense que vous chopez le diabète au bout de trois bouchées) et un café frappé parce que je suis têtue. L’endroit est super sympa, les serveurs parlent anglais, c’est bon et c’est pas cher (en fait vous pouvez partir du principe que l’Albanie c’est pas cher, pour un budget moyen français bien évidemment). Je fais ensuite mes bagages et quitte le petit appartement que j’occupe depuis quatre jours. Je rejoins Arjon chez lui, on est censés partir en début d’aprem sauf qu’il attend des touristes italiens qui à l’heure actuelle ne sont pas encore arrivés (16h50). Je les ai eus au téléphone (l’italien d’Arjon est pas foufou apparemment), ils étaient sur l’autoroute et devraient être là vers 17h, tous les espoirs sont donc permis. Du coup en attendant on est allés manger dans une petite cantine de cuisine albanaise, c’était super bon et je me suis goinfrée. J’ai croisé des Nantais en vacances pour trois semaines en Albanie, et Arjon leur a filé deux trois conseils au passage. Ensuite petit smoothie avec vue sur la mer et là on est affalés sur le canapé en attendant les Ritals et en digérant notre déjeuner. 


On a finalement quitté Sarandë sur les coups de 17h pour aller chercher des gens qu’Arjon connaissait et qu’il devait déposer près de Tirana pour les redépose chez eux quand les Ritals sont enfin arrivés et retourner les chercher après. On a donc vraiment levé le camp vers 18, avec un couple d’une cinquantaine d’années (des amis de l’oncle d’Arjon si j’ai bien compris) et leur fille de 16 ans, Livia. La jeune fille parle anglais et italien, la maman seulement italien. On s’arrête dans un petit café le long de la route, j’hérite d’un soda au citron et d’un épi de maïs grillé comme si je faisais partie de la famille. 

samedi 11 août 2018

Back in the Balkans : le lac d’Ohrid, perle de la Macédoine

Dimanche 5 août 2018

Ce matin, je me mets en route pour la gare routière. Pas de taxi cette fois, mes petites jambes et c’est tout. En chemin, je m’arrête dans un petit café que j’ai repéré depuis trois jours et où je n’ai toujours pas eu le temps d’aller. Je commande un muesli, un thé et un smoothie avec trois fruits que je comprends et un quatrième truc que je comprends pas. Je m’assois dans un canapé en attendant que mon petit dej soit prêt et là, le mec assis à côté de moi me fixe et finit par s’approcher pour me demander en anglais « Est-ce que par hasard tu serais Laurianne ? Tu es française c’est ça ? ». Doux Jésus, qui est cette personne ? C’est en fait Zladko, un mec qui m’avait écrit sur Couchsurfing mais nos emplois du temps coïncidaient pas. On discute pendant que je prends mon petit déjeuner et quand il apprend que je suis passionnée par la Russie, on se dit que c’est vraiment dommage qu’on n’ait pas pu passer plus de temps ensemble (il est passionné aussi et est allé en Russie quatre fois, jusqu’à Krasnoyarsk). Le hasard aura voulu qu’on se croise autour d’un thé et d’un smoothie (l’ingrédient inconnu se révélant malheureusement être du gingembre, mais c’était buvable quand même). Je dis au revoir à Zladko et reprends ma route pour la gare routière. J’achète mon billet et me pose sur un banc comme j’ai quarante bonnes minutes à attendre. Deux backpackers arrivent et s’assoient à côté de moi. Quand le mec part aux toilettes, j’aborde la fille « Hablas español? » (il m’avait semblé ouïr la langue de Cervantes). « Si! _ De donde vienes? _ Mexico ». Quarante minutes plus tard, on embarquait tous les trois à bord du bus direction Ohrid et son fameux lac. Quatre heures de route pour faire 200 bornes, parce qu’on traverse le parc national de Mavrovo donc deux bonnes heures de route de montagne. On arrive finalement à Ohrid et on décide de déjeuner quelque part parce que tous les trois, on crève la dalle. Sorte de poivrons farcis absolument succulents. Finalement, Romeo et Cindy prennent le chemin de l’appartement qu’ils ont réservé et moi celui de mon auberge. J’arrive, ma réservation a l’air plus au moins prévue, mais on me dégote quand même un lit. Je pose mon sac à dos, commence à taper la discute avec un type de mon dortoir, Steve, un New Yorkais qui voyage un peu partout dans le monde. On part tous les deux visiter le centre de la ville et aller voir le fameux lac. Une glace pour moi et un gyros pour lui, on est sur les bords du lac à profiter de cette vue splendide. On rentre finalement à l’auberge, on s’installe dans le jardin, où on fait la connaissance de Ross, un Anglais qui nous raconte son voyage en stop de Pékin à Newcastle (bordel), de Ofelia (une Mexicaine qui habite à Belgrade) et de Mirt (une adorable Estonienne dont je finis le sandwich et les frites). Je termine la soirée comme ça avant d’aller me coucher dans mon pieu et de réclamer une couverture parce que je me caille à cause de la clim. Dodo ! 

Ce matin, réveil plutôt matinal et je pars prendre mon petit dej dans un resto avec Ofelia. On rigole bien autour d’une omelette et d’un thé à la turque que le resto est allé acheter en face. Je prends ensuite la direction du Cuba Libre Beach Bar qui est le point de rendez-vous pour l’activité du jour : le parapente. Grande première mais vous le savez, j’aime bien essayer de nouveaux trucs pendant mes voyages et c’est l’occasion (et évidemment c’est moins cher qu’en France). Le mec est super cool, on embarque à bord d’une Jeep d’un autre âge, je me retrouve avec une maman et sa fille, deux Belges de Bruxelles. Ça fait plaisir de parler un peu français car je n’ai croisé aucun touriste français depuis Belgrade. On monte sur le sommet de la montagne, lentement parce que la route est pleine de cailloux. Arrivées en haut, j’avoue que j’ai un moment de « bordel mais Laurianne, as-tu perdu l’esprit ? ». Ça ne dure pas et l’excitation prend le dessus sur l’appréhension. Ce baptême sera en compagnie de Lioubé. On m’arnache, casque, sac avec le siège, caméra au bout du bras. On voit une fille essayer de décoller et se casser la figure au bout de dix mètres. « C’est parce qu’elle est un peu grosse » nous dit en douce le responsable du truc, « pour vous ce sera super facile ». On attend le bon moment, que le vent nous soit favorable et c’est parti ! Je cours à peine quinze mètres et j’ai déjà quitté le sol. Lioubé me dit de m’asseoir et de kiffer. La sensation est incroyablement douce, une vraie quiétude. C’est ni trop rapide, ni trop lent, c’est pas violent du tout. Il me demande si je veux essayer de tourner, je dis oui et là ça m’a rappelé les manèges de la fête foraine que j’aimais tant quand j’étais ado. La vue sur le lac est magnifique, le soleil brille, bref, le kiffe. On se pose tout en douceur. Je reste un petit moment au bar en attendant que la dame transfère toutes les photos de la caméra sur un CD et qui je vois arriver au bar ? Mon couple de Mexicains favori. On se pose sur le bord du lac, l’eau n’a pas l’air bien froide, n’y tenant plus je me décide à faire trempette. Romeo a l’air moyennement convaincu, mais il se risque quand même à un petit bain et finalement Cindy aussi. On sèche ensuite toutes les deux au soleil pendant que Romeo s’assoupit à l’ombre (il est super mat de peau et déteste ça, je hais ce genre de personnes hahaha). Après ça, et comme on a tous les trois la dalle, on part déjeuner dans un petit bouiboui le long du lac. On déambule dans la ville à la recherche d’une glace et on décide finalement de monter à la forteresse. Chose dite, chose faite. La vue est canon. On redescend vers la petite église, on se promène sur les hauteurs, une chaude lumière dorée illumine toute la baie. C’est somptueux et on savoure notre chance de contempler ce paysage incroyable. Le soir venu, on se restaure d’une pizza qui n’aurait jamais droit de séjour en Italie mais c’est pas grave, et finalement Romeo et Cindy me proposent de partir avec eux pour l’Albanie le lendemain. Je rentre à l’auberge, me renseigne auprès du responsable des horaires de bus. Ça semble complexe. On se met d’accord pour se retrouver à 10h à côté de la fontaine. 


Ce matin, réveil matinal, je boucle mon sac à dos, je retrouve Mirt, ma belle Estonienne qui une fois de plus n’a pas dormi. Je fais la connaissance d’un Américain qui a sauvé un chaton d’une attaque de chiens et lui a déjà pris rendez-vous chez le vétérinaire pour le faire vacciner et le soigner (il a un genre de conjonctive à un œil). Que Dieu bénisse ce mec. Le petit chaton dort d’ailleurs paisiblement blotti contre lui. On se pose tous sur le balcon pour écouter de la musique. Finalement je leur fais mes adieux et je rejoins Romeo et Cindy. On doit d’abord rejoindre Struga d’où on est censés prendre un bus pour Tirana. On a commencé par attendre le bus une bonne vingtaine de minutes sur le bord de la route. Finalement il est arrivé bondé mais on a réussi à se trouver une petite place pour nous et surtout pour nos gros sacs à dos. On arrive à Struga, comme on savait pas où était la gare routière, on est descendus au centre ville pour se taper ensuite vingt minutes de marche jusqu’à ce qui était censé être une gare routière. On n’a jamais vu le moindre bus, on s’est fait mettre le grappin dessus par deux chauffeurs de taxi. Finalement on trouve la guichetière censée vendre les tickets d’un bus qui n’existe pas, on négocie avec le chauffeur de taxi qui nous propose un prix inférieur au prix du bus (et je sais que d’autres backpackers ont déjà fait ça, parce que la liaison Ohrid-Albanie est probablement une des plus merdiques d’Europe). Mes deux compères expliquent au chauffeur qu’ils sont mexicains, ce qui a l’air d’être extrêmement original pour lui. Il me regarde, commence par me demander si je suis polonaise ou tchèque, je lui dis finalement que je suis française, il me demande alors si je parle allemand (extrêmement logique, n’est-ce pas ?). Comme il ne parle pas un mot d’anglais à part « bus », je vais devoir faire appel à mes maigres souvenirs d’allemand. Bref, on embarque dans un taxi, Romeo devant à côté du chauffeur, Cindy et moi sur la banquette arrière. Pas de ceinture à l’arrière mais on n’est plus à ça près. Le chauffeur nous annonce deux heures vingt de route jusqu’à Tirana (zwei Stunde und zwanzig Minuten, danke schön). Comme on crève la dalle, on lui demande déjà de nous arrêter dans un petit bouiboui où on ingurgite un genre de burger macédonien pas si mauvais. Et c’est parti mon kiki ! 

mercredi 8 août 2018

Back in the Balkans : Skopje, capitale de la Macédoine

Vendredi 3 août 2018

Je suis donc arrivée en Macédoine, à Skopje hier sur les coups de 13h. J’ai pris un taxi pour me rendre jusqu’au AirBnB que j’ai loué pour les trois jours qui viennent. J’avais envie d’être un peu seule, de sortir et rentrer quand je veux et surtout de dormiiiiiiiiiiiir. Le taxi m’a passablement arnaquée (j’ai facile payé le double du prix réel de la course mais je m’en remettrai et ça m’apprendra à pas vouloir marcher). Je retrouve Labina en bas de l’immeuble, elle me montre l’appart, super mignon et très confortable. Je me pose un moment, car je n’ai toujours pas plus de 3 heures de sommeil au compteur et qu’il fait chaud. Je descends à la supérette du coin acheter de la lessive pour profiter de la machine à laver et je pars chercher un truc à manger. J’ai appris par le voleur, pardon le chauffeur de taxi, que c’est un jour de fête nationale et que pas mal de trucs sont fermés (effectivement, il n’y a personne dans les rues et presque tout est fermé). Arriver dans une ville un jour férié n’est jamais le truc le plus excitant mais à l’heure qu’il est, la seule chose qui m’enthousiasme est la vue de mon lit double méga confortable donc c’est pas un drame. Je dégote une boulangerie plutôt alléchante, un genre de burek plus brioché que les autres, un jogurt, un Mars glacé dans un genre de trafika et ayant fait le plein de calories pour la journée, je décide de rentrer (un orage menace). 

J’en profite pour vous partager mes réflexions de ces derniers jours. Clairement, entre le nord de la Serbie (tout particulièrement Subotica) et le Kosovo, on a changé de monde. Le niveau de développement a grandement chuté. Deux indices : les déchets et les animaux errants. Le premier indice vous sautera immédiatement aux yeux. Les villes du nord de la Serbie, y compris Belgrade, sont plutôt très propres, peut-être pas autant que Prague mais quand même un très bon niveau. Alors que Niš et les petites routes qui mènent jusqu’au Kosovo sont parsemées de détritus, de déchets en plastique et les rares poubelles débordent de partout. Le second indice est, pour ceux qui l’ignorent, le critère de développement préféré de mon ami Leonardo. Selon Leo, on peut rapidement se faire une idée du niveau de développement d’un pays ou d’une région au nombre d’animaux errants dans les villes (et dans les campagnes aussi mais surtout dans les villes). Je vous laisse méditer mais personnellement, je trouve que c’est un critère très pertinent et qui se confirme une fois de plus ici. Dans le sud de la Serbie, au Kosovo et ici à Skopje (pour ce que j’en ai vu jusqu’à présent), pas mal d’animaux errants, chiens et chats, se nourrissant dans les poubelles et quémandant parfois aux terrasses (la fin de ma « pizza kosovare » a fini dans l’estomac d’un toutou à Prizren). En rentrant chez moi hier ici à Skopje, pas moins de 9 chats autour d’une benne à ordures. Mon petit cœur se serre à chaque fois, inutile de vous le préciser. 

Après une bonne douche et une nuit de 19h à 6h30, je suis apte à commencer la journée et à partir explorer Skopje. Je pars à pied, ce que j’ai filé au taxi suffira en budget transports à Skopje... Je passe par la Bohemian Street, plutôt calme en ce début de matinée. J’ai faim, et je ferais bien une infidélité à mon traditionnel burek-jogurt. Je tombe sur un genre de bar à smoothies, et engloutis un truc à base de bananes, de lait d’amande et de graines de chia. La boboïsation de Skopje est en marche... Je continue mon chemin, longe la forteresse, atterris dans le Vieux Bazar, vestige de l’époque de l’occupation ottomane. Les ruelles sont pleines de boutiques de souvenirs, de petites bijouteries, d’endroits où l’on peut boire le thé ou le café à la turque et de bars à shisha (qui figurent toujours dans le top 5 des endroits que je déteste le plus sur cette planète, je le rappelle). Collé au grand bazar, se trouve le marché. Bien bordélique comme on les aime. Au détour d’une ruelle, l’une des plus anciennes mosquées de la ville. Au détour d’une autre ruelle, la plus vieille église orthodoxe de la ville. Je redescends vers le mémorial construit en l’honneur de Mère Teresa (née à Skopje en 1910), arrive sur la place principale (aux proportions titanesques). Skopje est une ville à l’harmonie architecturale totalement inexistante. Se succèdent des petites ruelles d’inspiration orientale datant de l’époque ottomane, à des constructions gigantesques et bien lourdaudes de l’époque communiste et enfin des bâtiments plus modernes pas toujours du meilleur goût. Aucune harmonie donc, mais une architecture à l’image du pays : diverse et multiple. Je m’arrête dans un petit café pour prendre un thé, je tombe sur la première jeune femme qui ne parle pas anglais (les Macédoniens se défendent globalement plutôt pas mal sur ce point). Un mot d’ailleurs à propos de la langue. Elle me déconcerte quelque peu. Le macédonien est une langue slave, de la famille des langues slaves du sud, écrite en alphabet cyrillique. Elle a donc de grandes similitudes avec le BCMS (bosniaque-croate-monténégrin-serbe) et le bulgare, néanmoins elle forme une langue bien distincte. Si certains mots me semblent plutôt instinctifs, « zdravo » pour dire bonjour, « priatno » pour dire au revoir, dans l’ensemble je n’ai pas un immense feeling avec la langue. Mais je l’ai dit, tout le monde se débrouille très correctement en anglais. 

Petit récapitulatif linguistique, géographique et historique (rapide, flippez pas). De l’ex-Yougoslavie sont nés aujourd’hui 6 états indépendants (Slovénie, Croatie, Monténégro, Serbie, Macédoine et Bosnie-Herzégovine) et un état dont l’indépendance est toujours contestée (le Kosovo). Nota bene : l’Albanie n’a jamais fait partie de la Yougoslavie. Tout ceci s’est étalé de 1991 à 2008 (avec plusieurs guerres et des dizaines de milliers de morts, et je ne parle même pas des personnes déplacées...). On distingue dans ces 6 pays et demi, 4 langues : le slovène, le BCMS, le macédonien et l’albanais (majoritaire au Kosovo). Entre le croate, le bosnien, le serbe et le monténégrin, il s’agit d’une seule et même langue. Comme toute langue, elle connaît des variantes d’accents, de prononciation et quelques mots de vocabulaire peuvent varier mais linguistiquement, c’est une seule et même langue. Les Serbes l’écrivent plus volontiers en alphabet cyrillique, là où les trois autres utilisent davantage l’alphabet latin mais vous trouvez l’alphabet latin partout également en Serbie. Toutes les personnes rencontrées dans ces quatre pays ont été unanimes : c’est la même langue, et l’intercompréhension se fait à 98% (pas sûre de pouvoir dire la même chose avec le français de Belgique, je plaisante Océ !). Enfin, il faut garder à l’esprit que les différences ont été ces 30 dernières années exacerbées par les différents courants nationalistes. Par conséquent, si certaines personnes vous disent qu’il ne s’agit pas de la même langue, il est préférable d’être conscient que ce sont davantage des considérations politiques que linguistiques. Pour terminer ce rapide topo, je citerai un des Serbes rencontrés pendant ce voyage « Les politiciens ont tout fait pour nous diviser, mais nous avons tant en commun ». 

Après mon thé et avoir encore bien marché dans la ville, je m’accorde une pause dans un resto de kebabche. Rien à voir avec ce que l’on appelle un kebab, ici ce sont des boulettes de viande, servies avec des oignons crus et un genre de piment, du pain et de l’ajvar (la sauce à base de poivrons hachés plutôt relevée). Je décide ensuite l’estomac bien plein et en plein cagnard d’aller escalader la forteresse (Laurianne les bonnes idées, toujours). En haut de la forteresse, une petite photo prise par deux Madrilènes et on redescend. Après avoir encore bien exploré la ville en long en large et en travers, je décide de rentrer (une fois de plus l’orage gronde). Deuxième dodo bien mérité. 


Samedi, j’avais rendez-vous à 10h avec Jovan, un mec de Couchsurfing qui m’avait gentiment proposé une balade dans la ville. Après avoir essayé d’acheter un genre de chausson aux pommes avec des dinars serbes (tout est mélangé dans mon portefeuille c’est le gros bordel), je retrouve Jovan sur la place principale. Il me fait faire un petit tour du centre-ville avec les explications qui vont bien et on part dans le vieux bazar prendre un thé (servi exactement comme à Istanbul). On se dirige ensuite vers un parc pour avoir un peu de fraîcheur (il fait un bon 33 degrés aujourd’hui), on discute et quand mon estomac crie trop famine, on va manger dans la Bohemian Street. Jovan me redépose ensuite chez moi pour une petite sieste et passe me rechercher le soir en voiture pour aller prendre un verre avec ses amis. Je fais ainsi la connaissance de Kristijan, de Stefi et de son amie canadienne en visite chez elle, Janna. Kristijan a eu une réflexion sur le macédonien que je trouve tout à fait juste, donc je me permets de vous la partager. Il m’a dit que le macédonien était au serbe et au bulgare ce que le catalan est à l’espagnol et au français. Proche, mais tout de même une langue à part. Après un verre, une bonne rigolade et une petite balade, Jovan me redépose très gentiment chez moi (je précise qu’il n’a bu que de l’eau, archi fiable le garçon). Kristijan prend mon numéro parce qu’il est possible qu’il vienne à Ohrid dans les jours qui viennent, donc on se reverra peut-être. Gros dodo.