lundi 30 juillet 2018

Back in the Balkans : Novi Sad et la Voïvodine

Jeudi 26 juillet 2018

Je suis donc bien arrivée à Novi Sad. J’ai réussi à choper un wifi au McDo de la gare routière et dix minutes plus tard, Dalibor, mon hôte pour les deux jours qui viennent arrivait avec sa voiture pour m’épargner le trajet jusqu’au centre ville avec mon sac. Qu’il soit béni. Il me dépose au centre ville, repart travailler et me donne rendez-vous pour 16h. J’en profite pour explorer le vieux centre, adorable, avec une petite place pleine de terrasses de cafés, des maisons colorées dans les tons pastels et une ambiance détendue. Un petit 28 degrés absolument parfait. Je me délecte d’un chocolat froid à la terrasse d’un café et je poursuis mon exploration du centre-ville. Une église catholique trône au beau milieu de la place principale, plus loin plusieurs églises orthodoxes côtoient une synagogue. Dans une des églises orthodoxes, je laisse un petit cierge en pensant à ma grand-mère comme je le fais parfois. 

(...) Bon les gars, comme d’habitude, on est déjà samedi après-midi et j’ai rien eu le temps de raconter. J’en étais donc restée à jeudi aprem et mon exploration du centre-ville. Ça s’est poursuivi au marché où j’ai découvert que je pouvais acheter une énorme barquette de framboises (au moins 500 grammes) pour moins d’un euro. Inutile de vous dire que je ne me suis pas fait prier. J’ai ensuite retrouvé Dalibor à la sortie de son boulot et il m’a emmenée à la « plage ». C’est un endroit aménagé le long de la rivière, un genre de « Novi Sad plage » avec du sable, des gens en maillot de bain, des jeux pour les gosses et des marchands de glace. On prend un verre, les pieds dans le sable (et aussi un peu dans les mégots de cigarette malheureusement...). Il fait beau et chaud, je tente donc de parfaire mon bronzage en vue de passer de blanc à blanc cassé. On a fini par dîner là, à une petite terrasse, assortiment de viande (clairement la Serbie c’est pas le pays des végétariens), salade šopska, ajvar, etc. Dalibor refuse que je paie quoi que ce soit, et ce sera comme ça pendant deux jours. Vedrana m’avait bien dit que c’était normal que les hommes paient en Serbie mais enfin quand même... Dalibor m’emmène ensuite voir le coucher du soleil depuis le haut d’une forteresse avec une vue plongeante sur le Danube. On reprend ensuite sa voiture direction une petite bourgade qui abrite une des plus anciennes écoles de Serbie. On rentre finalement, il me dépose en bas de « chez moi » puisque j’ai littéralement un appartement à disposition pour moi toute seule. C’est Couchsurfing version grand luxe. Vendredi matin, je repars en exploration de la ville, le petit parc, les petites ruelles avec les maisons aux couleurs pastels. Évidemment, mon petit dej a consisté en un burek au fromage et un jogurt. A 14h, j’ai rendez-vous avec Milan, qui m’a écrit sur Couchsurfing. Il n’a aucune référence, et normalement je refuse systématiquement mais dans un élan de bonté, et en me disant qu’un café au centre-ville ne me faisait pas courir un grand risque, j’ai accepté. Et bien m’en a pris ! Milan est adorable, super cool, intéressant et marrant. Il me fait faire le tour des universités (toutes regroupées au même endroit), on retourne à la plage prendre un verre (et j’en profite pour engloutir trois crêpes gorgées de Nutella...). Il parle super bien anglais (comme beaucoup de gens ici en fait), il est étudiant en informatique et tente de perfectionner mon serbe (la différence entre tch et tch’ c’est pas encore pour demain...). Finalement il me propose d’aller jouer au billard. Je lui explique que je suis assez désespérante mais il me dit que c’est pas grave, qu’il n’est pas un expert non plus et qu’il va me montrer. Malheureux ! Tant de patience et d’abnégation, ça force le respect. On a pris ça à la rigolade, il était encourageant et cool et j’ai au final pas si mal joué que ça et on a bien rigolé. On se quitte en se disant qu’on va peut-être se revoir puisqu’il rentre à Subotica où sa famille habite et que c’est la ville où je pars demain. Je retrouve Dalibor qui m’emmène dîner (en taxi car il me dit qu’il a déjà bu deux bières avec ses collègues) dans un magnifique restaurant. Déco comme une ancienne maison de campagne, la nourriture est délicieuse et surtout, surtout, il y a un groupe de musiciens qui joue des chansons traditionnelles serbes et des Balkans en général. L’ambiance est géniale et je passe une merveilleuse soirée. Je suis épuisée car j’ai encore marché près de 20 kilomètres dans la ville, du coup Dalibor dit au taxi de me déposer en bas de chez moi. Pourrie gâtée la nana. Gros dodo pour clore cette formidable journée. 

Ce matin, on part dans le parc de Fruška Gora, malheureusement il a plu hier et c’est un peu boueux. On prend notre petit dej dans la forêt et on remonte jusqu’à un hôtel perdu au milieu des bois. Un petit thé pour moi, un genre de citronnade pour Dalibor et c’est là que le déluge s’est déclaré. Il est tombé en 25 minutes ce qu’il tombe dans le désert de Gobi en 40 ans je pense. Du coup ça a un peu écourté la promenade vu que ça menaçait à tout moment de recommencer et qu’il a recommencé à pleuvoir quand fort heureusement, on était en vue de la voiture. Dalibor m’a déposée à la gare routière, aidée à acheter mon billet et a attendu de s’assurer que je monte bien dans le bon bus. J’ai été incroyablement gâtée pendant ces deux jours et je ne sais même pas comment le remercier. J’espère du fond du cœur avoir l’occasion un jour de le revoir à Paris. Je suis donc actuellement à bord de mon bus pour Subotica. 

(...) Nous sommes déjà dimanche matin. Je suis arrivée hier à Subotica, Milenko, mon hôte pour la nuit m’avait envoyé son adresse, la ville est plutôt petite donc il habite pas loin du centre et je n’ai pas trop à marcher. Je m’installe, il est cool et plutôt bavard, il me sert une tasse de thé à l’amande qu’un ami lui a ramené d’Israël. Ce truc est une pure merveille, si l’un d’entre vous part en Israël, faites un stock je vous en prie. On est ensuite allés faire un tour dans le centre-ville, il connaît plein de choses, d’anecdotes historiques et autres sur Subotica, du coup c’est super cool. Il connaît aussi plein de monde et on croise plusieurs de ses amis. On finit attablés dans un resto où je me régale d’une soupe et d’une salade šopska et après ça, Milenko me fait goûter un dessert à base de châtaignes absolument délicieux. On prend ensuite sa voiture, direction le lac de Palic. On déguste une glace à une petite terrasse et Milenko m’explique plein de trucs sur le lac et sur la région de Subotica en général. Région particulièrement intéressante, qui fut pendant longtemps territoire hongrois. Aujourd’hui encore plus de 30% de la population est hongroise. Et tout est écrit dans les deux langues dans la ville. Subotica n’est d’ailleurs qu’à quelques kilomètres de la frontière hongroise. L’architecture de la ville est particulièrement belle et je ne regrette pas d’avoir choisi d’y faire une halte. 

Dimanche 29 juillet 2018


Grosse journée. Pour commencer, je me suis tapé une insomnie d’enfer et je me suis endormie vers 2h du mat. Réveillée à 6h30 sans aucune raison valable. Je commence à me rendormir quand Milenko débarque à 8h30 avec une tasse de thé. J’ai compris que ma nuit était finie... Heureusement que son thé est absolument merveilleux. On part ensuite prendre un petit dej dans le centre ville. Grosse omelette au jambon et au fromage, toujours dans le diététique Laurianne. On fait ensuite le tour des églises qu’on n’avait pas vues hier et pour finir on se pose dans un petit parc. On repasse par l’appart de Milenko pour que je boucle mon sac et je lève le camp car j’ai rendez-vous avec Milan qui est rentré chez ses parents et qui est donc à Subotica. Je remercie Milenko pour son accueil et pour ses nombreuses explications de l’histoire de la ville et de l’histoire serbe en général. Milan me propose de laisser mon gros sac dans le coffre de sa voiture (merveilleuse idée) et comme il fait plus de 35 degrés aujourd’hui, d’aller se poser sur le bord du lac de Palić (deuxième merveilleuse idée). En route ! On se pose donc sur le bord du lac et on refait le monde pendant deux bonnes heures. C’est finalement avec mon père que je terminerai cette journée puisqu’il est en vacances en Serbie avec ma belle-mère et mes petites sœurs, et un couple d’amis serbes, Dragan et Vesna. On se retrouve donc tous sur les bords du lac, je dis au revoir à Milan qui est très timide et n’ose pas venir prendre un verre avec nous, et on s’attable finalement car personne n’a rien mangé depuis ce matin. Finalement on reprend la route direction Belgrade, je monte en voiture avec Dragan et Vesna. On arrive dans l’appartement qu’ils ont loué pour quelques jours. Avec Vesna et ma petite sœur Océane, on décide d’aller chercher à manger. La boulangerie en face est fermée, on commence donc à se mettre en quête d’un truc quelconque comestible. On dégote un genre de burgers serbes, quelques bouteilles d’ice tea et c’est là que les ennuis ont commencé. On s’est perdues. Mais genre, vraiment perdues. On a donc tourné, viré, on s’est aperçues qu’on ne connaissait pas le nom de la rue et que le bâtiment qu’on pensait être l’ambassade italienne ne l’était pas. Au bout de plus d’une heure de marche et après avoir demandé à une demi-douzaine de personnes, on arrive à retrouver notre immeuble. J’engloutis mon burger et je vais aller me coucher rapidos, je suis lessivée. Bonne nuit les amis !

samedi 28 juillet 2018

Back in the Balkans : Bruxelles to Belgrade

BACK IN THE BALKANS

Lundi 23 juillet 2018

Une fois n’est pas coutume, c’est sur mon téléphone portable que je commence cette fois mon journal de bord. J’ai décidé pour ce voyage de ne pas emmener mon ordi, je bosse déjà 8 heures par jour dessus le restant de l’année, je m’en passerai pour les trois semaines qui viennent. 

C’est donc l’occasion pour moi de commencer un nouveau journal de bord. Nouveau voyage, nouvelle destination, nouvelles aventures. Vous commencez à connaître la chanson. Pour cet été 2018, et cette année riche en remises en question et en bouleversements, j’ai décidé de repartir dans une région que j’avais explorée il y a maintenant trois ans et qui est toujours chère à mon cœur : les Balkans. Grandes absentes du voyage de 2015 avec Léa, ce sont la Serbie (et le Kosovo, nous en reparlerons), la Macédoine (officiellement Macédoine du Nord depuis quelques semaines) et l’Albanie qui sont cette fois au programme (ceux qui ont trop regardé Taken sont priés de garder leurs angoisses pour eux, moi aussi j’ai vu le film, j’éviterai Tropojë et puis c’est tout). Programme pour l’instant approximatif et susceptible de changer à tout moment. 

Le voyage a donc commencé ce matin mais je suis pour l’instant bien loin des Balkans puisque je vous écris depuis Bruxelles. Je prends effectivement l’avion pour Belgrade demain depuis Bruxelles, pour des raisons de vols moins onéreux. J’ai donc chopé un bus entre Paname et Bruxelles ce matin, terminé ma nuit (qui fut courte) contre la vitre et fait connaissance avec mon voisin de bus, un Belge d’une quarantaine d’années qui m’a fait cadeau d’un pain au chocolat et de son bouquin de développement personnel. Je constate avec satisfaction que la demi-finale de Coupe du Monde n’a pas terni tant que ça les relations avec nos voisins d’outre-Quiévrain. Nous nous sommes quittés à la gare du Midi, qui n’a pas été sans le remémorer mes trois mois de stage l’an passé. Direction la Grand Place et ma friterie fétiche. Je partage un coin de table avec deux Lyonnaises de retour d’Amsterdam à qui je file ma meilleure adresse de gaufres et je me mets ensuite en quête de la FNAC. J’ai complètement oublié d’acheter un mini guide de serbe ou d’une des langues avec lesquelles je vais devoir m’amuser pendant ce voyage. J’écume les rayons, le choix est bien maigrichon. Un Petit Futé ridicule sur l’Albanie, un guide de conversation en serbe (pour le macédonien et l’albanais, je suis repartie bredouille). Finalement je dégote le Lonely Planet « Eastern Europe » (que je déteste, il faut bien le savoir, étant une fervente amatrice du Routard, mais faute de grives on mange des merles). Lorsque j’ai demandé à la vendeuse un guide sur la Serbie, elle a essayé de me vendre le Routard des pays baltes, j’ai failli pleurer, je lui ai fait un sourire quand même parce qu’elle était gentille et j’ai continué à farfouiller dans les rayons. 


Finalement, me voilà attablée dans un café avec une vue plongeante sur la foule de la Rue Neuve, en train de regarder où je vais aller user mes nouvelles Bensimon. Ce petit détour par Bruxelles sera l’occasion de revoir des amis, et notamment ma chère Clara qui a la gentillesse de m’héberger ce soir. 

Mardi 24 juillet 2018

Je suis actuellement en salle d’embarquement, où j’attends mon vol pour Belgrade. Hier j’ai donc rejoint Clara après son boulot, nous avons pris un verre dans un bar plutôt chic au sommet d’une tour et nous avons ensuite rejoint un resto de sushis où mon ami Orkan nous attendait. Orkan a ensuite eu la gentillesse de nous déposer chez Clara en voiture et après une petite discussion entre nanas, le confortable lit qui m’était attribué a eu raison de moi et je me suis endormie comme un bébé. Ce matin, les douleurs aux épaules me rappellent sournoisement le poids de mon sac, je déjeune dans la magnifique maison de Clara et de sa famille et je rejoins l’aéroport en Uber (promis, c’est le dernier luxe du voyage mais entre dix minutes en Uber et une heure de transports, mon choix a été rapide...). 

(...) Je vous écris maintenant depuis un petit café de Belgrade dans lequel j’attends la fille de Couchsurfing qui doit m’héberger ce soir. J’ai atterri à Belgrade sur les coups de 13h, après un vol plutôt agréable et un petit roupillon recroquevillée sur mon siège. Je récupère mon sac à dos (ma croix devrais-je dire), passe le contrôle des passeports (mon visa togolais a paru extrêmement suspect à la dame qui a préféré le scanner au cas où...). Direction le bus, ou plutôt le minibus, je m’adresse en russe au chauffeur qui me répond comme si de rien n’était. Mon Dieu, je les aime déjà. Une petite demi-heure de route plus tard, il nous dépose sur la place Slavija. J’ai retiré du fric à l’aéroport, je crève la dalle donc direction une « pekara», sorte de boulangerie où je me délecte d’un burekau fromage bien gras (pour ceux qui auraient raté mes aventures en Croatie, le burek est une sorte de feuilleté farci de fromage, viande, champignons, ça dépend). Ceci a constitué la base de mon alimentation pendant un mois en Croatie et c’est bien parti pour faire la même chose ici. Je constate cependant qu’il faut normalement l’accompagner d’un « jogurt», ce sera pour la prochaine fois. En ressortant, j’arrête une dame à qui je demande où je suis sur mon plan. Elle me renseigne (excellent anglais) et me conseille d’aller voir l’église Saint-Sava (la plus grande de Serbie et aussi la deuxième plus grande église orthodoxe au monde). Je n’ai pas fait cinquante mètres dans le petit parc qui entoure l’église que je me fais apostropher par un jeune homme en mode « bla-bla-bla russkaya ». Devant mon air bovin, il passe à l’anglais et me dit « Oh je demandais juste si vous étiez russe parce que vous avez l’air russe ». Il y avait longtemps tiens... « Ah non en fait je suis française. _ Oooh ! » Il me salue d’un grand sourire et me souhaite une bonne journée. Sweetheart. Je trimballe sans complexe mon énorme sac à dos de quinze kilos dans l’église. Le rez-de-chaussée est totalement en travaux et ne se visite pas, en revanche le sous-sol est ouvert à la visite et bien sûr magnifique. Ici aussi, on embrasse les icônes et on fait son signe de croix « à l’envers ». Les pays orthodoxes m’avaient indéniablement manqué. Le Lonely Planet est atrocement pauvre en explications sur les monuments, il me faudra donc attendre d’avoir un accès à Internet pour faire des recherches et en savoir un peu plus sur cette église. Je sais juste que la légende veut qu’elle ait été construite à l’endroit où les Ottomans ont brûlé les reliques de saint Sava. 


Je me balade ensuite dans la ville, rejoint la place principale (place de la République), flâne le nez au vent. Je tombe nez-à-nez avec l’Institut français et les énormes drapeaux bleu-blanc-rouge. Je me disais aussi, je sais bien qu’on est champions du monde mais quand même, tant d’honneurs n’étaient pas nécessaires (hahaha). J’aime déjà l’atmosphère de cette ville. Il ne fait pas super beau, c’est plutôt couvert mais un bon 25 degrés quand même. Honnête. Je regagne ensuite la place Slavija où m’a donné rendez-vous Vedrana et je l’attends en sirotant ma tasse de thé dans une sorte de boulangerie à la française qui diffuse du Patricia Kaas et du Aznavour. 

Mercredi 25 juillet 2018

Comme d’habitude, je n’ai pas eu le temps d’écrire hier soir. Vedrana, mon hôte, m’a retrouvée devant le McDo, nous sommes rentrées chez elle en bus (après m’avoir expliqué sa technique pour frauder sans se faire choper). La trouillarde que je suis était moyennement rassurée. On arrive dans son petit studio, on s’installe, elle me sert de l’ice tea et du chocolat, ce qui n’est pas sans me rappeler les habitudes de Liza, ma coloc russe de Prague. On discute pendant plus de deux heures, de la Serbie, de nos voyages, de sa vie d’enfant pendant la guerre, de son engagement contre les violences envers les femmes, etc, etc. Elle est très cool, et intéressante. On décide ensuite de repartir en ville pour dîner. On choisit finalement d’aller marcher le long du lac Ada Cinganlija. Il pleut un peu, et nous sommes en semaine, il y a donc un peu moins de gens que d’habitude. On marche et on finit par trouver un resto sympa avec une déco toute en bois et un groupe qui joue de la musique. Ćevapčićiet salade šopskapour moi, que des valeurs sûres. J’engloutis tout ça en écoutant Vedrana. On rentre ensuite chez elle par une suite de sauts de puce en bus, il pleut des cordes. Grosse douche en arrivant à l’appart, elle m’installe mon lit et ma tête a à peine touché l’oreiller que je dors déjà. 


Ce matin je suis donc partie à pied (pas trop sûre de quel bus il fallait prendre et on découvre mieux une ville à pied). Me voilà partie, je galère un peu en arrivant sur le bord d’une espèce d’autoroute, j’en profite pour m’arrêter manger un burekdans une pekara. Je l’accompagne cette fois d’un jogurtet je valide totalement l’association. Je repars, finis par arriver au centre ville, me dirige vers la forteresse de Kalemagdan. La citadelle a été maintes fois détruite et reconstruite et elle est la partie la plus ancienne de Belgrade. Je flâne ensuite dans le centre ville, en arrivant sur la place principale je tombe sur le free walking tour, en partance pour Kadarska, le « Bohemian District », l’équivalent de Montmartre selon Vedrana. Je me joins au groupe, le guide est marrant mais j’en ai connu des mieux. Lors d’une halte et alors qu’il explique la tradition des « kafana», les cafés serbes, il en arrive nécessairement à évoquer la rakija(alcool fort à base de fruits fermentés que l’on retrouve partout dans les Balkans). Il sort une énorme bouteille de son sac et hop, tournée générale de rakija(pas pour moi, évidemment). 

Arrivés dans le quartier de Docol, je quitte discrètement le groupe pour continuer mon exploration par moi-même. Je tombe sur une église, nettement moins touristique que la magnifique Saint-Sava. J’en profite pour laisser la magie des églises orthodoxes opérer sur moi et je reste un moment à méditer. Je continue à marcher, marcher, explorer les différents quartiers, je m’arrête dans un café pour me réhydrater d’une limonade bien fraîche. Il fait beau, pas encore trop chaud (environ 30 degrés alors qu’en temps normal, à cette époque, on peut monter à 40 sans aucun problème). Je finis par rentrer chez Vedrana à pied (plus d’une bonne heure de marche), pour me reposer avant de sortir un peu ce soir. Je m’assoupis aussitôt arrivée et Vedrana me réveille en toquant à la porte. On discute un peu et je lui explique que je dois aller prendre un verre avec un mec de Couchsurfing dans la soirée. Elle est un peu fatiguée mais me dit qu’il n’y a aucun problème pour que je sorte, même tard et qu’elle laissera la porte ouverte. Elle m’explique les bus, me file sa carte de transports et c’est parti. Évidemment, le bus dont j’ai besoin n’arrivant pas, j’en prends un autre, un monsieur tente de m’aider mais il ne parle pas un mot d’anglais, finalement un jeune homme anglophone intervient et m’explique comment arriver à bon port. Je change donc de bus, un monsieur me fixe dans le bus et je suis en train de me demander pourquoi diable il me regarde comme ça, quand on arrive en vue de l’arrêt et il me dit (j’ai compris avec le contexte et le nom de la rue hein, le serbe est toujours aussi nébuleux) : vous voulez bien aller à Francuska ? Alors c’est cette rue-là. Mais c’est qu’il est trop mignon ce petit monsieur ! 


Je retrouve finalement Javier, un Madrilène de 33 ans que j’entraîne dans le « Bohemian District » qu’il adore dès le premier coup d’œil. Il faut dire que ce quartier a tout pour plaire : petites rues pavées, des fleurs de partout, des cafés et des terrasses plus adorables les uns que les autres, des petites lumières pour éclairer cette chaude soirée d’été et de la musique live à chaque coin de rue. Javier est à Belgrade pour des motifs professionnels, mais il en profite pour découvrir la ville. Il est très cool, a vécu un peu partout dans le monde et pas mal voyagé. On discute en anglais avant de switcher en espagnol, et même si je ne peux que très peu parler, je comprends tout et ce, malgré son accent espagnol que je déteste, je tiens à le rappeler haha. On finit par manger un truc à une autre terrasse et je décide ensuite d’expérimenter le Uber local pour rentrer chez Vedrana. Grosse réussite, même si mon chauffeur parle à peine anglais. L’appli fonctionne exactement comme Uber et tout se passe nickel. Ça s’appelle Car Go mais par contre, pas moyen de mettre l’appli en anglais, faudra vous débrouiller en serbe les enfants. Je rentre, Vedrana ne dort pas encore, on discute un peu avant de se coucher. 

On se quitte ce matin quand elle part travailler, je dois laisser les clefs dans la boîte aux lettres, ce qui me permet de préparer tranquillement mes affaires. Je hisse finalement mon gros sac à dos sur mes épaules, je chope un bus, tente d’acheter un ticket mais le chauffeur me fait signe et marmonne un truc du style « t’emmerde pas ma grande, monte tes fesses dans ce bus et en voiture Simone ». Bref, j’ai pas payé le bus. J’arrive à Slavija, décide de faire la queue à la même pekaraque celle du premier jour. J’ai appris entre temps par Vedrana que c’est la plus réputée de la ville, ce qui explique sans doute la file d’attente devant la boutique. Je déjeune d’un burekà la viande et d’un jogurt, on ne change pas une équipe qui gagne. Je marche ensuite jusqu’à la gare routière, j’achète un ticket, récupère tant bien que mal le jeton nécessaire pour accéder aux quais (pas compris l’intérêt de ce truc mais c’est pas grave). Je suis donc actuellement à bord de mon bus pour Novi Sad. 



Ah, j’oubliais : j’ai pris des coups de soleil et je me suis fait dévorer par les moustiques, mais était-il nécessaire de le préciser ?

samedi 21 octobre 2017

Mon expérience avec le programme European Solidarity Corps



Pour ceux qui sont fâchés avec la langue de Shakespeare, petite traduction de l'article qui est paru sur le site My House of European History. 

"Effectuer un stage dans une ONG à Bruxelles ne m'a pas seulement permis d'acquérir de nouvelles compétences. J'y ai aussi trouvé le genre d'environnement dans lequel je veux travailler !

Je m'appelle Laurianne, je suis une Française de 26 ans et je cherchais un stage dans le cadre de mon master en droit européen et droits de l'homme. Par le biais du programme European Solidarité Corps, j'ai trouvé un poste dans l'Association of European Cancer Leagues, à Bruxelles. 


J'ai déménagé à Bruxelles pour trois mois et j'ai commencé à travailler dans l'association. Travailler en anglais était une grande première pour moi, mais ça a été très instructif et formateur. J'ai beaucoup appris, tout particulièrement sur le fonctionnement des ONG mais aussi comment gérer un projet aussi vaste que le contrôle et la prévention du cancer. 


Pendant ce stage, j'ai rencontré des personnes venant de toute l'Europe et du monde entier. J'ai sympathisé avec des gens qui viennent d'Italie, de Roumanie, du Royaume-Uni, de Lettonie, etc. C'était une formidable opportunité pour moi de pratiquer les langues que j'apprends, et pas seulement l'anglais. Je me souviendrai toujours des conversations et débats passionnants avec mes collègues, où nous avons partagé nos expériences et différents points de vue. 


J'ai appris beaucoup de choses concernant la Belgique, j'ai profité de mes week-ends et de mon temps libre pour découvrir un peu plus le pays, et pour quitter Bruxelles et visiter d'autres villes. Il y a beaucoup de joyaux méconnus en Belgique !

J'ai acquis de nouvelles compétences pendant cette expérience, et j'ai adoré travailler dans cette atmosphère européenne, découvrir nos différences mais surtout, tout ce que nous avons en commun !"
Si vous comprenez l'anglais et que vous n'êtes pas trop regardant sur les fautes, vous pouvez aller lire directement l'article sur le site, via ce lien : https://my-european-history.ep.eu/myhouse/story/1024


Si vous voulez en savoir plus sur le programme European Solidarity Corps, je vous invite à aller consulter le site en cliquant sur ce lien : https://europa.eu/youth/solidarity_en

mercredi 11 octobre 2017

Parler le belge : belgicismes et autres expressions insolites

Avant toute chose, petit topo linguistique à propos de la Belgique. Il y a en effet trois langues officielles en Belgique et pas seulement deux comme on le pense souvent. Tout d'abord le néerlandais (souvent appelé "flamand" en raison d'un accent différent) parlé par 59% de la population environ ; le français (agrémenté de quelques particularités comme nous le verrons plus loin...), parlé par 40% de la population, mais aussi l'allemand (très minoritaire, seulement 74 500 personnes). 
Voilà pour les trois langues officielles, mais il y a aussi une longue liste de dialectes et patois régionaux, parmi lesquels le brabançon, le champenois, le flamand oriental, le wallon, le francique rhénan, etc. Seule la Région de Bruxelles-Capitale est officiellement bilingue français-néerlandais. 

Maintenant que le décor est posé, intéressons-nous d'un peu plus près au français de Belgique, c'est-à-dire aux diverses expressions, différences de vocabulaire et de prononciation entre le français parlé en France et celui parlé outre-Ardennes. 



Il y a tout d'abord ces différences que l'on connaît tous, même sans avoir jamais mis un pied en Belgique. On reconnaît un Belge parce qu'il utilise le verbe "savoir" là où un Français utiliserait le verbe "pouvoir". Exemple : "J'ai trop mangé, je ne sais plus rien avaler !". Parfois, ça sonne plutôt bien, parfois un peu cocasse. A un monsieur qui me disait "Je ne sais pas avancer" parce que le bus était bondé, j'ai eu envie de répondre "Vous mettez un pied devant l'autre et vous marchez". 

Il y a aussi bien sûr, les nombres et la manière de compter. Un Belge dira "septante" là où nous disons "soixante-dix" et "nonante" pour "quatre-vingt-dix". Sur ce point, je me dois de reconnaître que la manière belge ne manque pas d'une certaine logique, cependant la logique ne va pas jusqu'au bout puisque nous tombons d'accord pour dire "quatre-vingt" (80) là où les Suisses osent le "huitante". Cependant, même après trois mois en Belgique, je continue à dire spontanément "soixante-dix" et "quatre-vingt-dix" et pas moyen de dire que je suis née en "mille neuf cent nonante et un". NO WAY. 
Sur la manière de compter, il faut aussi noter une différence de prononciation. Les Belges disent "houit" pour 8 au lieu de "huit" (ils disent aussi "nouit" pour "nuit") et ils prononcent le T de vingt (pour ça, il semblerait que ça ait traversé la frontière et que les Français de certaines régions du nord fassent de même). Mais ça n'a pas dépassé les Ardennes. 

Et après il y a toutes les différences de vocabulaire, allant de celles qui sont un mot que l'on peut deviner, à une utilisation qui prête à confusion, jusqu'au mot tout simplement impossible à deviner. 

Au rayon des "mots différents mais facilement compréhensibles" :
- parquer la voiture = garer la voiture
- ça donne bien = ça rend bien
- le tapis = le papier peint (sur le moment, j'avoue avoir cru que ma pote pensait réellement accrocher un tapis à son mur. Et après j'ai compris.)
- l'essui = la serviette de toilette (Au moment où j'écris ça, mon ordinateur me souligne "essui" en rouge et me le corrige automatiquement en "essai". Mon ordinateur ne parle pas le belge, que voulez-vous). 
Mais ATTENTION, n'essuyez pas votre vaisselle avec le torchon, car ici, c'est la serpillière !
Et si vous voulez "prendre les poussières" de votre étagère, il vous faudra vous munir d'une loque (un chiffon). Je n'aurais jamais pensé que faire le ménage puisse être aussi compliqué. 
- taper = mettre, poser (Tu tapes tes ordures dans la poubelle. Je sais que le système des poubelles est particulièrement exaspérant mais tout de même, tant de violence...).
- l'emploi de "fort" au lieu de "très". Exemple : Il fait fort chaud aujourd'hui. L'emploi de "fort" existait jadis en France, mais est totalement tombé en désuétude. 
- des griffes ou des grattes = des rayures
- sonner = appeler, téléphoner
- mousser = monter en pression, s'énerver (la bière est la boisson nationale, inutile de le rappeler). 



Ensuite, on passe au rayon des "mots qu'on utilise aussi en France mais qui ne veulent pas dire la même chose et du coup on se retrouve dans un quiproquo total où plus personne ne comprend de quoi on parle"
- un GSM = un téléphone portable (en France, on dit souvent "un portable" ce qui ici désigne l'ordinateur portable). Au début, j'avoue avoir cru que GSM désignait le GPS...
- au rayon des confiseries de votre supermarché, vous risquez aussi d'avoir quelques soucis. Une "chique" désigne un chewing-gum, SAUF à Liège, où le mot désigne un bonbon. Et ce que les Liégeois appellent un bonbon, c'est toutes les friandises genre Mars, Twix & co. 
- "Je te dis quoi" = expression immortalisée dans le film "Bienvenue chez les Ch'tis" puisque l'expression est utilisée aussi dans le nord de la France. C'est l'équivalent de "Je te dis ce qu'il en est". Mais ça peut prêter à confusion (cf. le film). 

Et enfin, il y a les mots et expressions qui me semblent impossibles à deviner pour un non-initié
- la drache = la pluie (ah là aussi, mon ordinateur me signale qu'il ne connaît pas). Je crois cependant que l'expression existe aussi dans le Nord. 
- la souche = le ticket de caisse. Si, si. 
- les crolles = les boucles
- un baraki = un plouc
- un chicon = une endive, mais là aussi les gens du Nord ("qui ont dans le coeur le soleil qu'ils n'ont pas dehors", ça suffit Enrico) le disent également. 

Et enfin, il y a tous les mots importés du néerlandais et utilisés par les Belges francophones. Par exemple, dans l'argot bruxellois, un dikke nek (littéralement, un "gros cou"), c'est un vantard assez pathétique, quelqu'un qui a la "grosse tête" et "une grande gueule". 

Evidemment, selon la région de France dont vous êtes originaire, selon la région de Belgique dont votre interlocuteur est originaire, les expressions peuvent vous sembler plus ou moins familières, ou plus ou moins insolites. Je compare principalement à partir de Paris. 

Je vous laisse pour ce soir avec une de ces expressions belges dont on se demande ce qu'elle peut bien vouloir dire quand on ne l'a jamais entendue. "Avoir un oeuf à peler avec quelqu'un". 

"Bob" en Belgique, c'est l'équivalent de notre "Sam" en France, c'est-à-dire lors d'une soirée entre amis, celui qui ne boit pas d'alcool et est chargé de conduire pour rentrer. En France, SAM signifie "Sans Accident Mortel". En Belgique, l'abréviation vient de trois mots néerlandais. Mais peu importe comment on l'appelle, il reste toujours le seul à devoir prendre le volant !

vendredi 1 septembre 2017

Névrose des poubelles, update.

Il y a deux jours, soit le lendemain du passage des éboueurs (cf. mon article précédent pour comprendre pourquoi j'attends ce jour avec autant d'impatience que Noël), je trouve en partant travailler le matin un mot sur la porte d'entrée. Outre le fait que l'écriture était dégueu (et anonyme) et qu'il m'a fallu dix minutes pour le déchiffrer, ce qui m'a fait rater mon bus et poireauter six minutes à l'arrêt, j'en suis arrivée à la conclusion que les Belges sont névrosés des poubelles. 

Alors que je me casse déjà la tête à trier les déchets entre six p****** de poubelles différentes, il semblerait que les sacs poubelle que j'utilise ne soient pas LES BONS. Ils ne sont pas, je cite, "réglementaires". Mon fou rire passé, je commence à me demander si je vais vraiment pouvoir passer deux mois supplémentaires dans un pays où les gens sont plus préoccupés par le pedigree du sac dans lequel tu balances tes ordures que par la manière dont on s'adresse aux gens (je reviendrai sur cet aspect dans un prochain article). A l'heure qu'il est, je ne pense pas. Il semblerait donc qu'il faille acheter les sacs poubelle au supermarché, ceci dit on se demande bien où est-ce qu'ils pensent que je les achète. T'as cru que je pondais des sacs poubelles ou comment ça se passe ?

Alors que j'utilise des sacs poubelles blancs pour les ordures allant dans la poubelle blanche, jusque-là ça me paraît bon, mais non ça ne va toujours pas. Sachant que j'ai demandé à la propriétaire où est-ce que je pouvais acheter ces sacs poubelles, qu'elle m'a répondu que je les trouverai dans tous les supermarchés, pas de chance, mais dans le supermarché où je vais, il n'y a que ceux que j'utilise actuellement et j'ai vraiment pas que ça à foutre de faire la moitié des supermarchés de la ville pour un sac poubelle. 

Bref, déjà passablement agacée par le mot sur la porte, je me disais qu'éventuellement, je pourrais essayer de faire un saut ce week-end jusque dans un autre supermarché pour voir, je reçois ce soir un SMS de la propriétaire. Je cite, ça vaut son pesant de cacahuètes : 
"Bonjour Lauriane (c'est Laurianne avec deux N, mais passons...), j'espère que tout va bien. (Jusque là oui, ça allait, merci et vous ?)
Attention à bien utiliser les sacs poubelles conformes et réglementaires (il me semble avoir déjà entendu ça quelque part...), apparemment ceux que tu utilises ne sont pas bons (il y a donc des bons et des mauvais sacs poubelles, on en apprend tous les jours) selon mes voisines (ah je vois que ça balance sévère), qui du coup doivent mettre tes poubelles dans leurs propres sacs (bah comme ça, ça leur évitera de les jeter à moitié vides)
Les Belges sont à cheval avec ça (sans déconner) et les amendes sont très élevés (sic, élevées, bah putain j'aime mieux pas savoir ce qu'ils te font si tu tires le sac d'une mamie...)
Si tu as des questions n'hésites (sic) pas. (J'ai une question : ils sont traités pour leur névrose ?). Première constatation : je vois que la délation a encore de beaux jours devant elle et qu'on n'a pas tous tiré les mêmes leçons de 1940... Deuxième constatation : il y a des gens qui ont suffisamment de temps à perdre pour examiner les poubelles de leurs voisins. Troisième constatation : ils sont névrosés des poubelles dans ce pays. 

J'ai estimé que ça ne méritait pas de réponse, je balancerai désormais mes poubelles dans la première poubelle publique en me faisant un malin plaisir de mélanger le verre, le papier, le plastique et le trognon de pomme, hahaha. 

Pour conclure je vous dirais qu'en marchant 100 mètres dans la rue, la première chose qui vous viendra à l'esprit, c'est que c'est quand même le comble d'être aussi névrosés des poubelles et d'avoir une ville aussi crade. 

dimanche 20 août 2017

Bac+12 Poubelle ou pourquoi le système des déchets à Bruxelles est une vaste plaisanterie

Je vous arrête tout de suite, loin de moi l'idée de vouloir me moquer des Belges gratuitement, sans raison et juste pour perpétuer la tradition française des "blagues belges", rarement flatteuses pour nos amis d'outre-Ardennes. (A ce propos, ils en ont aussi sur nous, mais on en reparlera). Si je viens ici vous faire part de ma surprise, de mon scepticisme et enfin de mon intime conviction que le système est à chier, c'est parce que après trois semaines de vie ici et moult problèmes avec mes poubelles, le tout appuyé par des récits de mes amis belges qui dépassent l'entendement, c'est parce qu'il me semble avoir pointé un réel dysfonctionnement, du moins des failles, dans le système des ordures belge. 

Commençons d'abord par le commencement. J'ai loué pour mes trois mois de vie bruxelloise un appartement sur Airbnb. (Pitié, épargnez-moi le couplet du "Mais c'est cher, tu aurais pu trouver moins cher en coloc, blabla", j'ai pesé le pour et le contre, si j'ai choisi ça, j'ai mes raisons, merci). Bref, j'ai donc loué un appartement sur Airbnb. Comme pour chaque location sur ce site, j'ai accepté les "règles de l'appartement", à savoir principalement, pas d'animaux et respecter le tri des déchets en vigueur en Belgique. J'ai donc laissé mon Bounet adoré aux bons soins de Nico et m'étais gentiment préparée à reproduire le système de tri que j'applique déjà à Paris, à savoir trier verre/plastiques/autres et basta. 

Quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant dans l'appartement et en voyant placardées dans la cuisine, pas moins de trois feuilles dimension A4 couvertes d'indications sur comment trier ses poubelles. En ouvrant le placard sous l'évier, je découvre une superbe collection de sacs poubelles en tous genres, tellement riche en couleurs qu'elle ferait passer le drapeau LGBT pour un peu pâlot. 
Je commence donc à lire attentivement la Bible du tri des déchets sur le placard et constate avec stupeur et un début d'effroi, qu'il faut trier ses déchets entre 6 poubelles différentes. Vous avez bien lu, 6 poubelles différentes. Bon déjà, heureusement que l'appartement est relativement grand et la cuisine d'une dimension raisonnable, parce que j'aimerais bien voir six poubelles différentes dans un appartement étudiant de la taille de ceux que je louais quand j'avais 20 ans. 

Je commence donc à détailler les différentes caractéristiques des 6 poubelles. 
- Premièrement, la bleue, poubelle dédiée a priori aux "bouteilles en plastique, métal et cartons à boissons". Déjà un peu surprise de mélanger le plastique et le métal, mais admettons... 
- Deuxièmement, la jaune, intitulée "papiers-cartons". Merde, je croyais que les cartons c'était dans la bleue. Mais en fait nan, juste les cartons à boissons, qui visiblement sont d'une race de cartons différente. Ok...
-Troisièmement, la verte, destinée aux "déchets de jardin". J'ai pas de jardin, ça devrait régler le problème. A moins que...
- Quatrièmement, la poubelle qui n'a pas de sac, le verre. Donc en gros pour le verre, il n'y a pas de sac, personne ne passe le ramasser, tu prends tes petites jambes et tu te tapes le kilomètre qui te sépare des bornes de collecte de verre, où tu auras encore le loisir de faire la distinction entre verre transparent et verre coloré... Nota bene : si tu es une petite grand-mère qui a du mal à se déplacer, tu ne bois ni vin ni bière (même en Belgique), et tu oublies la confiture et les cornichons. Putain... J'ai mis deux semaines à découvrir où se cachaient les bornes de collecte de verre et on a fait une expédition avec Léa pour se débarrasser de nos pots de sauce tomate. 
- Cinquièmement, la blanche. C'est là que ce système déjà un peu complexe a commencé à devenir franchement tordu. Alors le blanc, c'est ce que je qualifierais de "autres" à Paris, en gros tout ce qui ne rentre pas dans les poubelles précédentes, sauf qu'ici c'est en plus certains emballages en plastique dont tu aurais raisonnablement pu supposer qu'ils iraient dans la poubelle bleue. Bordel les gars, du plastique c'est du plastique. Je ne vois pas comment un emballage de filets de poulet en plastique est plus différent d'une bouteille d'eau qu'une boîte de conserve. Mais selon les Belges, si. 
- Last but not least, la orange. Le sac orange, c'est censé être le "compost", en gros tous les déchets alimentaires, mais attention, pas les oeufs ni la viande, juste les épluchures de légumes et de fruits, et pas non plus les fleurs fanées qui elles, iront dans la poubelle verte. Faudra m'expliquer sur le plan biologique, la différence entre un trognon de pomme et une rose fanée, les deux sont biodégradables, arrêtez le délire. J'ai pu constater avec un petit sourire en coin, que la propriétaire de l'appartement (française) avait d'ores et déjà abandonné l'idée du sac orange puisqu'il n'y en a pas sous l'évier, en mode "j'veux bien être gentille mais faut pas pousser non plus". 

Jusque là me direz-vous, bon ça peut encore aller. Passé le fait que c'est une perte d'espace de dingue d'avoir six poubelles dans sa cuisine, qu'il faut se taper une rando pour aller jeter son verre et que leur logique de tri est passablement discutable, ça pouvait encore éventuellement se faire. 



Mais c'était sans compter sur le reste du système. Et le début de mon effroi a commencé quand je me suis aperçue qu'il n'y avait pas de poubelles d'immeuble. Je répète, il n'y a pas de poubelles d'immeuble. Vous savez, ces grosses poubelles où l'on entasse plusieurs sacs avant que les éboueurs ne passent. Pour les immeubles, elles sont en général dans le local poubelles ou dans la cour, et pour les maisons individuelles, dans le garage ou dans un coin du jardin. Ce qui veut donc dire que vous ne pouvez vous débarrasser de vos sacs poubelles (à savoir, les sortir de votre appartement) que lorsque les éboueurs passent. Et ils passent deux fois par semaine. Deux fois par semaine, ça peut de prime abord sembler raisonnable, mais quand vous avez une peau de banane déjà bien avancée ou une écorce de melon en stade de décomposition, je vous laisse imaginer le parfum d'intérieur que vous vous tapez dans votre cuisine/appartement. A ma plus grande joie, je n'aime pas le poisson ni les fruits de mer, mais sinon clairement, vous pouvez oublier les crevettes sous peine d'asphyxie en attendant les éboueurs. 

Je disais donc, ils passent deux fois par semaine, et encore deux fois c'est uniquement deux fois pour les sacs blancs, les autres c'est une fois par semaine uniquement. Je vous laisse imaginer l'odeur d'un sac de compost au bout d'une semaine... (Sachant qu'il faut déjà avoir le coeur bien accroché pour tenter le compost dans un appartement). 
Dans les faits, la veille du jour où les éboueurs daignent venir te débarrasser de tes ordures malodorantes, tu dois déposer ton sac poubelle sur le trottoir (je déconne pas, tu déposes ton sac poubelle à même le trottoir) et prier le ciel pour avoir bien trié tes déchets, sinon ils te le laissent. Je ne plaisante pas, comme les sacs sont intentionnellement plutôt transparents, ils peuvent rapidement voir si tu t'es planté dans le tri des déchets et si tel est le cas, ils ne le ramassent pas. Et si tu persistes à mettre ton emballage de poulet en plastique avec ta bouteille de lait, ils peuvent même te coller une amende

La première fois, on a donc foutu nos sacs poubelles sur le trottoir devant notre porte avec la trouille de se choper une amende, mais pour l'instant il semblerait qu'on ait passé avec succès les partiels en vue d'obtenir notre bac+12 poubelle. 

Le côté ubuesque du système des ordures belge ne s'arrête pas là. Déjà, et vous avez probablement dû le noter, qui a eu l'idée à la con de décréter qu'il fallait déposer ses sacs poubelles à même le sol dans la rue ? Rien de tel pour attirer les animaux (chiens, chats, oiseaux et d'autres moins désirables comme les rats), qui s'empresseront d'éventrer le sac poubelle à la recherche de quelque chose à manger. Comme les animaux en Belgique répondent aux mêmes instincts primaires que n'importe où dans le monde, vous retrouvez régulièrement des déchets qui traînent sur le trottoir, résidus d'un sac poubelle éventré pendant la nuit. Si on faisait ça à Paris, c'est l'invasion de rats en trois jours. 

Je ne parle même pas de ce que j'évoquais plus haut, à savoir qu'ils vous laissent votre poubelle s'ils estiment qu'elle est mal triée, ça fait déjà trois jours que la poubelle de mes voisins traîne sur le trottoir, pour l'aspect hygiénique et esthétique, on repassera. Enfin, et comme me l'a fait remarquer mon collègue italien, vu la météo de merde qu'il y a dans ce pays (la fameuse "drache nationale"), quand vous laissez votre sac de papiers-cartons sur le trottoir toute la nuit, il y a de fortes chances de le récupérer "tutto bagnato", bref, trempé et donc en train de se désagréger. 

J'ai donc un brocoli complètement pourri qui empeste toute ma cuisine, et comme je ne veux pas me taper la même chose avec les peaux de banane dans deux jours, je virerai donc mes sacs poubelles à moitié vides ce soir. C'est ça, ou se farcir les moucherons et l'odeur pestilentielle en permanence. On notera l'illogisme du truc, consommer encore plus de sacs poubelles (en plastique), puisque vous n'avez qu'une hâte, c'est libérer votre appartement de ce truc. 

Ayant évoqué le sujet avec deux de mes amies belges, toutes deux sensibles à la cause environnementale et à la défense du particularisme belge face au voisin français (on reparlera du French-bashing en temps voulu), on en est tout de même arrivées à des extrémités dépassant l'entendement. Tandis que je leur demandais comment ils faisaient quand ils mangeaient du poisson, des fruits de mer ou des choses naturellement malodorantes, l'une m'a répondu l'air presque honteux, qu'elle se débarrassait alors de son sac dans une poubelle publique et l'autre me répondait que sa mère congelait ses déchets jusqu'au jour de passage des éboueurs...

Je vous laisse méditer sur ces subterfuges pour survivre à l'infection de ses poubelles et je ne résiste pas à l'envie de rappeler aux autorités belges qu'avant toute considération d'écologie et de recyclage, le ramassage des ordures et l'utilisation de poubelles avaient deux objectifs incontournables : l'hygiène et la salubrité publiques. 


lundi 7 août 2017

Bulgarie 2017 : Les tombeaux thraces et autres curiosités de la Vallée des Roses

Jeudi 6 juillet 2017

Ca fait déjà un moment que je n’ai pas écrit. Mardi matin, nous avons quitté les montagnes des Rhodopes pour nous rendre à Plovdiv, deuxième ville du pays. Celle qui s’est appelé tour à tour Poneropolis, puis Philippopolis, puis Pulpudeva, puis Trimontium et enfin Plovdiv voit son histoire remonter à plus de 6 000 ans, elle est donc aussi vieille que Rome et Athènes, même si son importance est moindre. On y arrive après avoir fait un petit détour par la forteresse d’Assen, forteresse byzantine du IXème siècle. A Plovdiv, on séjourne à l’hôtel Odéon, à l’entrée de la vieille ville. Après avoir abandonné la voiture sur un parking payant et sécurisé pour deux jours, nous partons explorer la vieille ville à pied et surtout, commencer par nous restaurer. On commence par se casser le nez sur une adresse du Routard qui de toute évidence, n’existe plus… et on met finalement le cap sur une autre. On mange dans un petit jardin ombragé et une partie de mon repas termine (malgré l’interdiction affichée du resto) dans l’estomac d’un petit chat affamé. Après notre déjeuner tardif, on part visiter le théâtre romain, construit au IIème siècle de notre ère durant le règne de Trajan. 7 000 places quand même et il est encore utilisé aujourd’hui, il a d’ailleurs accueilli Placebo au cours du mois de juin. Après une petite glace en terrasse, quelques informations glanées à l’office du tourisme et quelques cartes postales achetées, nous décidons de participer au Free Plovdiv Tour. Même concept qu’à Sofia, une visite guidée de la ville dispensée par un habitant (en l’occurrence, une habitante), on paie le montant que l’on veut. Notre guide du jour s’appelle Tsveta (Fleur), elle parle très bien anglais mais aussi français, elle est très intéressante, et une fois de plus, je réponds à deux de ses questions et récolte donc les petits bonbons « oignons » qui servent de récompense. Pas de panique, ça n’a pas un goût d’oignon, ça a un goût de menthe et c’est juste la forme et la couleur qui leur ont donné ce surnom. A la fin de la visite, on remercie chaleureusement notre guide et elle nous conseille un petit restaurant dans le quartier de Kapana, le quartier « branché » et « hipster » de Plovdiv si je puis dire. Nico goûte finalement à la truite, souvent à la carte des restaurants ici. Le lendemain, après une bonne nuit dans le lit incroyablement large de notre hôtel, on décide de faire la visite des différentes « maisons » de commerçants, maisons à encorbellements construites sur le modèle ottoman mais décorées souvent à l’européenne (faux colombages, etc.). On se décide finalement pour le billet groupé et on commence par celle réputée la plus impressionnante, la maison de Stepan Hindliyan. Riche marchand d’origine arménienne, il aurait gagné son surnom (l’Indien) en allant commercer jusqu’en Inde. Il était tellement riche et souhaitait tellement que tout le monde le sache, qu’il avait fait installer dans son salon une fontaine d’où coulait de l’huile de rose (denrée chère et précieuse à cette époque). Il avait aussi fait installer dans sa maison une salle de bains privée à l’époque où les bains étaient publics. La maison est effectivement très belle, richement décorée et meublée. On continue avec la maison Balabanov, la maison Nikola Nedkovitch, la pharmacie Hippocrate, la mosquée Djoumaia, etc. On se repose un peu à l’hôtel avant d’aller prendre un verre dans le quartier de Kapana, à un charmant petit café avec canapés et fauteuils en terrasse. Alors que je suis plongée dans le Guide du Routard, je suis accostée par une Française qui me dit « Bonjour, vous êtes français ? _ Oui. _ Vous aussi, vous avez du mal à trouver les choses ici ? _ De ouf ! ». On avait galéré comme c’est pas permis pour trouver les différentes choses que l’on voulait visiter. S’en suit une conversation qui s’achèvera près de 5 heures plus tard, après une tournée supplémentaire, une balade dans la vieille ville et un dîner au restaurant. Agés d’une cinquantaine d’années, Philippe et Laurence avaient beaucoup voyagé, étaient vraiment charmants et nous avons passé une très agréable soirée en leur compagnie.

Ce matin, nous avons quitté Plovdiv pour nous diriger vers Kazanlak, la vallée des Roses et les tombeaux thraces. On visite le tombeau de Seuthès III, grand roi thrace des Odrisses (331-300 avant JC), contemporain d’Alexandre le Grand. Les tombeaux thraces sont aujourd’hui des tumuli recouverts par la végétation, on y pénètre par un petit couloir d’environ 13 mètres de long, trois chambres successives dont la deuxième est circulaire et voûtée. La dernière salle servait de sarcophage.
Après le tombeau, nous sommes allés à Chipka, le village le plus proche où l’on a pu admirer la magnifique église russe construite en 1903 en hommage aux soldats russes morts pendant la guerre russo-turque qui libéra la Bulgarie du joug ottoman. L’église est absolument magnifique et aves ses bulbes dorés, on la repère de loin !
Enfin, Nico y tenait, nous avons fait un détour par le désormais célèbre monument de Bouzloudja, l’énorme bâtiment communiste aujourd’hui à l’abandon. On dirait qu’une soucoupe volante a atterri là. Là aussi, on le repère de très, TRÈS loin. Le bâtiment tombe en ruines, les portes en ont été barricadées par les autorités, des panneaux indiquant (en bulgare) « Interdit d’entrer, danger pour votre vie, etc. » ne dissuadent pas certains touristes de se glisser dans un trou à quelques mètres du mur du bâtiment pour aller en explorer l’intérieur. Nul doute que ce doit être très impressionnant, cependant aux dernières nouvelles l’escalier principal du truc menaçait à tout moment de s’effondrer et quand les autorités bulgares (pourtant souvent peu regardantes sur la sécurité et pas aussi parano que leurs homologues françaises) me disent que c’est dangereux, je ne cherche pas à y aller absolument. J’en ai dissuadé Nicolas (difficilement…), vous n’aurez donc pas de photos de l’intérieur mais vous en trouverez très facilement sur Google.

(…) Nous sommes déjà rentrés depuis plusieurs jours, il a été très difficile pour moi de tenir ce journal pendant ce voyage en raison principalement de nos déplacements en voiture qui ne sont pas les plus adaptés pour écrire sur un ordinateur (je profite généralement du train pour le tenir à jour).


Pour terminer notre voyage, nous avons dormi à Kazanlak, dans un hôtel plutôt sympa, et le lendemain, sur les conseils de plusieurs personnes, nous sommes allés passer la journée à Veliko Tarnovo pour visiter la citadelle-forteresse du Tsarevets. C’est très beau, et ça valait vraiment le détour. On a mangé deux délicieuses pizzas dans un resto en terrasse avec une vue magnifique avant de reprendre la route pour Sofia. Notre dernier hôtel était à quelques kilomètres seulement de l’aéroport. Nous avons passé notre dernier soirée au centre ville de Sofia, et sommes allés manger dans le resto qui était complet lorsque nous y étions allés au début du séjour. Très beau décor, on a passé une très belle dernière soirée, avant de se lever aux aurores pour rentrer à Paris. On garde un magnifique souvenir de la Bulgarie, et tout particulièrement de ses montagnes, de ses paysages verdoyants et de ses forêts. Pour les amoureux de la nature et les randonneurs aguerris, il y a de merveilleux itinéraires à découvrir !